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Tetsuya arriva en retard à son bureau et se mit aussitôt au travail. Employé dans une société commerciale de taille moyenne, il était chargé actuellement de la stratégie des ventes pour une entreprise alimentaire. En tant que cadre, il se voyait confier des responsabilités. Face à son ordinateur, il commença à taper les données d'une enquête de consommateurs. Mais il n'arrivait pas à se concentrer. Son entrejambe l'obsédait.

 

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Tout à coup, les mots d'Irabu lui revinrent à l'esprit. "Monsieur Taguchi, il y a sans doute quelque chose de coincé en vous ..." Bien qu'il ne voulût pas songer à elle, ses pensées se tournèrent vers Sayoko. Sa femme, qui l'avait trompé avec un collègie de bureau. Qui était partie après lui avoir dit "Pardonne-moi" en baissant la tête avec docilité. Et qui, aujourd'hui, était remariée avec cet homme.

Il expiré profondément de manière à chasser ces pensées fugaces. N'importe qui, interrogé de cette manière, avait forcément une ou deux idées qui lui venaient à l'esprit. Dans le monde d'aujourd'hui, les soucis n'épargnaient personne.
Il alluma une cigarette. Regarda distraitement la fumée.
A l'évidence, c'était le rêve avec Sayoko qui était à l'origine de ce qui lui arrivait. En y réfléchissant, il devait admettre qu'elle n'avait jamais quitté son esprit ces trois dernières années. La nuit, dans son lit, il était fréquemment tourmenté par l'idée qu'elle était en train de faire l'amour, en ce moment même, avec son nouveau mari. Il avait toujours pris soin d'éviter d'aller voir le coin où elle vivait.

 

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Son entrejambe lui fit de nouveau mal. Il grimaça malgré lui.
- Ca ne va pas, monsieur Taguchi ? s'enquit Midori, de la section des affaires générales, dont le bureau faisait face au sien.
- Non, ça va, répondit-il, feignant le calme.
- Vous n'otez pas votre veste ? Vous ne l'avez même pas déboutonnée ...
- Non, j'ai un peu froid.
- C'est bizzare. Vous me faites penser aux femmes qui ont une mauvaise circulation et souffrent toujours du froid.
Elle sourit en montrant ses dents blanches.
Une mauvaise circulation ? Mais oui. Et s'il s'achetait un plaid pour ses jambes ? Tetsuya se pencha en avant afin d'endurer la douleur.
Quoi qu'il en soit, il devait au moins continuer à dissimuler la bosse de son pantalon. Si les gens autour de lui s'en apercevaient, il était fini.
Le niveau de son angoisse monta dans sa poitrine. Il soupirait constamment.

Tetsuya retourna le lendemain au service de psychiatrie de la Clinique générale Irabu. Au réveil, lorsqu'il avait vu son membre en érection, une angoisse insoutenable l'avait assailli. Ne pouvant régler suel le problème, il avait ressenti le besoin d'en parler à quelu'un, qui que ce fût.

 

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Cette fois, on lui administra une piqûre dès son arrivée. Il contempla consciencieusement le décolleté de l'infirmière qu'Irabu appelait Mayumi. Apparemment, cette infirmière aimait beaucoup s'exhiber.
- Vous n'avez pas un hobby qui vous permet de vous dépenser ? demanda Irabu quand Tetsuya fut assis en face de lui.
- Non, pas spécialement.
- L'important, c'est d'améliorer votre circulation sanguine, et pour ça le sport vous ferait du bien.
- C'est impossible, j'ai mal ...
Tetsuya porta la main à son entrejambe. En fait, depuis qu'il souffrait d'érection permanente, il avait même du mal à marcher. Il suffisait qu'il monte un peu rapidement l'escalier de la gare pour ressentir une vive douleur.
Quand il l'expliqua à Irabu, celui-ci, tout en sirotant son café, lui dit :
- Votre corps refuse probablement de laisser circuler votre sang. Un circuit s'est créé qui fait que le sang se concentre dans votre sexe et oublie comment circuler ailleurs. C'est comme un disque rayé, ce sont les mêmes sillons qui sont parcourus indéfiniment.
L'explication était plausible.
- Et alors, qu'est-ce que je dois faire ?
- Un choc, c'est ce qu'il y a de mieux ...
- Non merci ! refusa-t-il immédiatement.
- Un choc psychologique peut aussi faire l'affaire. (Irabu se rinçait la bouche avec son café. Tetsuya se demanda ce qu'il allait faire, mais il l'avala d'un trait.) Par exemple, il faudrait que vous viviez une expérience qui vous la fasse ramollir.
- Oui ?
Tetsuya se pencha en avant.
- Vous pourriez emboutir la Mercedes d'un yakuzza et prendre la fuite. Ca, je pense que ça vous refroidirait pas mal.
Tetsuya s'affaissa sur son siège. Il songea à changer de clinique.

 

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Texte extrait de "Les remèdes du docteur Irabu" de Hideo Okuda

 

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Ce recueil de nouvelles a été adapté pour la télévision japonaise sous le titre "In the pool". Les photos sont extraites de ce drama japonais.