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Le facétieux docteur Irabu est un psychiatre déjanté qui officie au sous-sol de l'établissement médical familial : la Clinique générale Irabu. Cet homme obèse, prisonnier émotionnellement de sa mère, éprouve un grand plaisir à prescrire des piqûres à ses patients, faites par son infirmière super sexy. Ses conseils ont de quoi surprendre, mais ça marche ! Il faut dire que les patients ont eux-mêmes des maux bien particuliers, voire excentriques. Je vous conseille vivement cette lecture diablement jubilatoire !

 

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Petit extrait :

Le cabinet du service de psychiatrie se trouvait au sous-sol de la Clinique générale Irabu.
Elle avait pris sa décision le lendemain matin, devant son miroir, en voyant sa peau terne et fatiguée. Si elle ne faisait rien, cela allait lui porter préjudice dans son travail. Or, l'apparence était la raison d'être de Hiromi.
- Entrez, entrez donc ! retentit une voix extrêmement enjouée et aigüe quand elle frappa à la porte.
- Excusez-moi, dit-elle en entrant.
Un homme obèse et d'âge mur, vraisemblablement un médecin, était affalé dans un fauteuil.
Pouah ! murmura-t-elle entre ses dents. Les gros lards au teint pâle étaient le genre d'homme que Hiromi abominait par-dessus tout. En plus, on voyait des pellicules dans ses cheveux hirsutes. Il était chaussé de sandales et elle lut "Ichirô Irabu, docteur en médecine" sur le badge à sa poitrine.
- L'accueil m'a prévenu. Mademoiselle Hiromi Yasukawa, c'est ça ? Il paraît que vous ne dormez pas la nuit.
Cela dit, il montra ses gencives dans un large sourire. Hiromi baissa les yeux de manière à ne pas le regarder en face, et s'assit sur une chaise.
- Vous avez vingt-quatre ans, et vous êtes à la fois telento et mannequin. Quel genre de travail vous faites exactement ?
- Je suis présentatrice assistante à la télévision, mannequin pour des magazines, ce genre de choses.
En réalité elle était essentiellement hôtesse pour des campagnes promotionnelles, mais elle avait effectivement exercé ces autres activités par le passé.
- Génial ! La prochaine fois qu'on pourra vous voir quelque part, dites-moi le. J'irai jeter un coup d'oeil. Hi, hi, hi !
Quel rire dégoûtant, pensa-t-elle. Un frisson lui courut le long de la colonne vertébrale.
- Bon, on vous fait une piqûre ?
- Pardon ?
Hiromi fronça les sourcils.
- Une piqûre. Un truc pour vous apaiser et qu'on va vous injecter.
- ... Mes symptômes, vous n'avez pas besoin de les connaître ?
- Ca, on verra après. Hé, ma petite Mayumi !

 

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Irabu appela l'infirmière. La piqûre fut prête en un clin d'oeil et Hiromi posa le bras gauche sur le support à injections.
L'infirmière qui s'appelait Mayumi se pencha sur elle, la seringue à la main. On apercevait ses cuisses par la fente de sa blouse blanche. Leurs regards se croisèrent et Hiromi lui sourit d'un air entendu, comme pour la provoquer.
Tu veux rivaliser avec moi, c'est ça ? Tu es plutôt mignonne, c'est vrai, mais tu n'en restes pas moins qu'une infirmière.
Elle sentit une présence juste à côté. Se retournant, elle vit Irabu, les narines dilatées, visiblement en état s'exitation, qui fixait l'endroit où l'aiguille s'enfonçait dans son bras.
Qu'est-ce que c'est que cette clinique ... Hiromi se sentit mal.
La piqûre terminée, Hiromi fit de nouveau face à Irabu. Elle eut l'impression que la distance entre eux s'était réduite par rapport à tout à l'heure.
Elle regretta d'être venue en minijupe. Elle serra les cuisses et tira sur le bas de sa jupe.
- Mademoiselle Hiromi, vous êtes célibataire, évidemment ? l'interrogea Irabu d'un air ravi.
- Euh ... oui.
Tout en répondant, elle eut la chair de poule. Il l'appelait "mademoiselle Hiromi" ?
- Moi aussi, je suis célibataire. Hi, hi, hi !
Irabu se gratta la tête, faisant voleter des pellicules. Elle eut un mouvement de recul involontaire.
- Je suis l'héritier de cette clinique, je roule en Porsche, mon groupe sanguin, c'est B, et mon signe astrologique, Balance.
Et alors ! Qu'est-ce que tu veux que ça me fasse ? !
- J'ai trente-cinq ans, mais on ne me les donne pas, n'est-ce pas ? Il paraît que je fais plus jeune ...
Tu rigoles ou quoi ? Tu as l'air d'avoir quarante-cinq ans !
- Excusez-moi, la consultation ... demanda-t-elle, un peu gênée.
- Ah oui, bien sûr. Il faut d'abord que je vous pose quelques questions ... (Il s'intéressa enfin au dossier médical posé sur son bureau.) Alors, ma petite Hiromi, pourquoi faites-vous de l'insomnie ?
Et voià qu'il m'appelle "ma petite" maintenant ... Hiromi eut envie de pleurer.
Elle se ressaisit et lui expliqua les causes de ses troubles : le fait que quelqu'un la suivait constamment, que la police ne l'avait pas prise au sérieux, et que ses amies croyaient que c'était le fruit de son imagination.

 

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C'était pénible, mais elle n'avait pas le choix. Considérant qu'il valait mieux ne rien cacher à un médecin, elle lui donna tous les détails.
- C'est horrible. Il y a quand même des types bizarres en ce monde.
Oui, c'est vrai. Des types comme toi !
- Vous pourriez peut-être embaucher un garde du corps pendant quelques temps.
Hein ? Irabu l'avait donc crue ? Une sensation de soulagement l'envahit.
- Mais je n'ai pas les moyens.
- Je pourrais le faire, moi. Gratuitement. Hi, hi, hi !
Hiromi était effarée. Bien entendu, elle déclima l'offre. Elle tendit la main vers son sac dans l'idée de prendre la fuite.
- Un autre moyen serait peut-être de changer votre image, ajoura Irabu en caressant son double menton. Dans son imagination, l'homme qui vous suit s'est créé une image idéalisée de vous, alors il faudrait la détruire ...

 

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Texte extrait de "Les remèdes du docteur Irabu" de Hideo Hokuda
Editions Wombar

 

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Photos à Omotesando (Tokyo) en juillet 2012