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Je m'interroge.
Cela aura au moins le mérite de me faire sortir - quelques minutes - de ma léthargie.

Je vous avoue que, malgré des milliers de photos, au moins autant de pages lues, et plus encore de petits instants que je voudrais partager, j'ai perdu le goût de passer du temps ici ; , routine, manque de motivation, dépression saisonnière ? Je m'interroge encore ! En fait, je m'interroge beaucoup en ce moment et, comme je suis la seule à pourvoir répondre à mes interrogations, on n'est pas rendus, comme on dit !

Pour en revenir à Haruki Murakami, je serais bien sûr ravie qu'il obtienne enfin ce fabuleux prix, consécration qui lui est promise depuis plusieurs années maintenant.  Certes, d'autres le méritent autant que lui, même plus sans doute, mais voila, c'est mon favori ;-) et j'aurais au moins l'oeuvre complète d'un prix nobel dans ma bibliothèque !

 

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L'auteur s'exprime relativement peu oralement ; peut-être le fera-t-il si il est le lauréat de ce Nobel de littérature 2013 ? En attendant, voici un extrait de son discours lors d'une remise de prix à Barcelonne en juin 2011. Juste pour mon le plaisir parce que qui, mieux qu'un Japonais, peut parler du Japon.

 

"Être Japonais, cela signifie accepter de vivre avec beaucoup de catastrophes naturelles. Une grande partie du territoire est traversée par des typhons de l’été à l’automne. Chaque année, ils causent des dégâts importants et prennent de nombreuses vies. Dans chaque région se trouvent des volcans actifs, et bien sûr des tremblements de terre se produisent. L’archipel du Japon se situe à l’extrémité est du continent asiatique et se trouve comme dangereusement localisé sur quatre énormes plaques tectoniques. Nous pouvons dire que nous vivons sur un nid de tremblements de terre.

Dans une certaine mesure, nous pouvons prévoir quand les typhons frapperont et quelle route ils emprunteront, mais nous n’avons pas encore réussi à prévoir les tremblements de terre. La seule chose que nous savons, c’est que ce n’est pas fini, et on peut affirmer sans se tromper que dans un futur proche il y aura un autre grand tremblement de terre. Un grand nombre de scientifiques prédisent qu’il y aura un séisme important de magnitude huit, sur la région de Tokyo dans les vingt ou trente ans à venir; cependant, cela peut se produire dans dix ans, ou peut-être même demain après-midi. Personne ne connait l’étendue des dommages que pourrait subir une ville aussi grande et aussi dense que Tokyo si un tel séisme arrivait.

Malgré cela, treize millions d’habitants poursuivent leur vie quotidienne de manière “normale” au centre de Tokyo. Ils prennent des trains bondés tous les matins pour aller travailler dans des gratte-ciels. Je n’ai pas entendu parler de diminution de la population de Tokyo après ce tremblement de terre.

Pourquoi ? vous-demandez-vous peut-être… Comment se fait-il qu’autant de personnes puissent vivre comme si de rien n’était dans un lieu si effrayant ? La peur ne les rend-elle pas fous ?

En japonais, il existe le  terme « mujō ». Celui-ci signifie que rien n’est permanent et qu’aucun état ne dure éternellement. Toutes les choses qui existent en ce monde finissent par disparaître, tout change constamment. Il n’existe pas d’équilibre éternel, ni rien de suffisamment immuable sur lequel nous pouvons nous appuyer pour toujours. Ce point de vue sur le monde vient du bouddhisme, mais le concept de « mujō » est fortement ancré dans la spiritualité des Japonais au-delà du contexte strict de la religion. Il fait partie de la mentalité populaire traditionnelle et n’a pratiquement pas changé depuis les temps anciens.

L’idée que « tout passe » peut se traduire par une forme de résignation. Tout ce que l’homme fait à l’encontre de la nature est vain. Pourtant, les Japonais ont fait ressortir une forme de beauté positive dans cette résignation.

Puisque l’on parle de nature, vous savez qu’au Japon nous admirons les fleurs de cerisier au printemps, les lucioles en été, et les feuilles d’érable en automne. Pour nous, c’est comme une évidence de les observer avec passion, en groupe, de manière traditionnelle. En saison, le monde afflue dans les sites connus pour leurs fleurs de cerisier, leurs lucioles ou leurs érables, et il est difficile de trouver une chambre d’hôtel.

Pourquoi en est-il ainsi ?

Parce que la beauté des fleurs de cerisier, des lucioles et des feuilles d’érable est éphémère. Nous venons de loin pour assister à leurs moments de gloire. Nous ne nous limitons pas à admirer leur beauté, nous ressentons comme de la sérénité en voyant les fleurs de cerisier perdre leurs pétales, les lucioles s’éteindre ou les feuilles d’érable se ternir. En fait, une sorte de paix nous envahit lorsque la beauté atteint son niveau le plus élevé puis s’éteint.

Je ne suis pas certain que les catastrophes naturelles aient eu une influence sur cette sorte de spiritualité. Cependant, je peux dire avec certitude que nous, les Japonais, avons sans cesse dû surmonter ces épreuves de façon collective, et dans un sens, nous les avons acceptées comme des choses inévitables. Il se peut que de telles expériences aient influencé notre sens esthétique de la beauté.

Presque tous les Japonais ont reçu un choc violent avec ce séisme. Même si nous sommes habitués aux tremblements de terre, nous nous sommes sentis impuissants face à l’ampleur des dégâts, et sommes devenus inquiets pour le futur de la nation.

Pourtant au final, nous allons reprendre nos esprits, et nous relever pour reconstruire. Je ne m’inquiète pas trop pour cela. Tout au long de l’histoire, notre peuple a toujours vécu de cette manière. Nous n’allons pas rester sous le choc indéfiniment. Les maisons détruites peuvent être reconstruites et les routes endommagées réparées.

En fin de compte, nous logeons sur la planète terre sans autorisation. La terre ne nous a jamais invités à résider ici. Nous ne pouvons pas trop nous plaindre quand elle s’ébranle un peu. C’est l’une de ses caractéristiques de trembler de temps en temps. Que nous l’aimions ou pas, nous ne pouvons que cohabiter avec la nature."

 

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Mujô : impermanence