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"Elle avait le même âge que lui. Il enseignait la langue japonaise en tant que professeur principal dans l'école secondaire, annexe d'une université privée, que fréquentait sa fille à elle, âgée de quatorze ans.
Au mois de juin, l'adolescente à l'époque inscrite en deuxième année, s'était mise à sortir jusqu'à neuf ou dix heures du soir. Quand on la réprimandait, elle allait bouder dans sa chambre, enfermée à double tour. Ses résultats scolaires s'en ressentirent et chutèrent brusquement.
Naturellement, elle s'angoissait pour sa fille. D'autant que son mari, surchargé de travail, n'était presque jamais à la maison. De plus, elle entretenait de mauvais rapports avec sa belle-mère qui habitait une maison construite sur le même terrain familial. Une femme fort capable, au moindre problème concernant sa petite-fille, d'accuser sa bru.
Après la naissance de son bébé, elle avait gardé son emploi, et aujourd'hui, elle culpabilisait à l'idée que cela avait peut-être contribué à étouffer son instinct maternel. Elle voyait toujours sa fille comme une amie, s'imaginant que celle-ci ne lui cacherait rien.
Elle s'accusait d'avoir manqué de vigilance, en voyant que l'adolescente tournait mal. Pouquoi, avec son mari, n'arrivaient-ils jamais à discuter de leur enfant ? A la réflexion, leurs relations n'avaient rien de conjugal, c'étaient plutôt celles de deux personnes vivant sous le même toit.
Elle finit par ne plus savoir si c'était pour sa fille ou pour elle-même qu'elle s'inquiétait, murée dans une souffrance solitaire malgré la présence de sa famille. Et cette solitude l'effrayait. N'y tenant plus, elle courut demander conseil au professeur principal.
Il la reçut avec sollicitude. La chaleur de son regard et de ses paroles fit fondre instantanément ses dernières réticences. Elle eut l'impression d'ouvrir véritablement son coeur à quelqu'un, pour la première fois.
Les sorties nocturnes de sa fille s'espacèrent peu après, la situation s'avérant moins grave que prévu, mais la passion née entre elle et le professeur ne s'aténua pas. Au contraire, leur amour ne cessa de croître, et à l'automne suivant ils avaient du mal à se quitter ..."

"C'était leur deuxième voyage ensemble. Pour le premier, ils avaient passé la nuit dans un hôtel situé sur un plateau dominant les environs. Comme cette date coïncidait avec la sortie annuelle des employés de l'entreprise qui l'employait, elle avait menti à sa famille en leur annonçant sa participation à ce séjour. Et à son travail, elle avait prétexté un rhume pour ne pas accompagner ses collègues.
Ignorant tout de l'affaire, l'une d'elles lui avait rapporté des pâtisseries appelées onsen manjû, spécialité de la station thermale où s'était rendu le groupe.
Le lendemain, elle présenta à sa famille ces petites boules de pain farcies de haricots rouges, en déclarant qu'elle venait de récupérer ce cadeau acheté là-bas pour eux, mais qu'une collègue avait mis par erreur dans ses bagages.
Face à son mari, sa belle-mère et sa fille qui buvaient le thé préparé par ses soins et s'empiffraient de manjû, elle avait essayé de se lancer dans un timide travail d'introspection. Mais il ne régnait dans son moi qu'un profond silence, tel un lac au clair de lune par une nuit sans vent ..."

Extrait de "Je suis déjà venue ici", recueil de nouvelles de KOIKE Mariko
Picquier poche
Récits traduits du japonais par Karine CHESNEAU

Quatrième de couverture

Il souffle un vent de liberté et d'insolence sur ces onze récits de KOIKE Mariko, dont l'unité est si grande qu'ils forment autant de chapitres d'un même livre. Les hommes, et surtout les femmes, y affrontent la vie et l'amour sans se soucier de la morale et des convenances sociales. Si la tonalité de chaque histoire est différente, impossible de ne pas les lire toutes jusqu'au bout, tant le suspense s'installe, dès les premières lignes, porté par une écriture dense et bourrée d'énergie pour culminer en une chute inattendue.
KOIKE Mariko nous propose ici sa version du Japon contemporain, où les couples sont le plus souvent illégitimes et parfois improbables, où des femmes en rupture de ban vivent leur sexualité librement et cherchent leur vérité personnelle loin de tout modèle imposé.

Tout est dit, ou presque ! J'ai bien aimé ces nouvelles, ces secrets bien gardés (comme nous savons bien le faire, nous, les femmes ...) que KOIKE Mariko narre d'une façon aussi mystérieuse, sensuelle et pudique que mélancolique.

Si j'ai choisi ce titre, c'est bien évidemment pour vous faire connaître ce recueil de nouvelles, mais aussi en guise d'introduction - pour le titre - au petit reportage photo qui suit, mais pas que ... En fait, je voulais aussi vous parler de manjû et surtout d'azuki - de confiture d'azuki (anko) plus précisemment, car voila une semaine que j'en mange, à tout les sauces si on peut dire ;)

Les photos, ce sont celles prises au temple Tenjuan lors de mon dernier séjour à Kyoto, en juillet 2011.  En pénétrant dans l'allée de ce petit temple, je me suis souvenue y être déjà venue, quelques années auparavant ... en 2007 plus exactement. Mais, à l'époque, j'avais confondu les photos avec celles prises au Nanzen-ji, qui se trouve juste à côté ! La preuve par l'image ICI, LA et encore LA ... Peut-être que mon shugotenshi (ange gardien), celui qui guide toujours (enfin presque) mes pas au bon endroit, m'a permis de réparer cette erreur ! Surtout que j'aime bien la précision, un peut trop parfois ... En tous les cas, je n'ai pas regretté d'être à nouveau venue ici !

 

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Pour en revenir à la confiture d'azuki, figurez-vous que j'ai acheté une boîte d'anko chez mon épicier asiatique qui est ravi quand il me voit car je dévalise son rayon de produits japonais, qui, il faut le reconnaître, a un peu moins la cote depuis l'accident de la centrale de Fukushima. Même si la provenance des produits est bien indiquée ... enfin il me semble ...

Une boîte de 250 g de confiture d'azuki, ce n'est pas grand chose, me direz-vous ! Oui, mais voila, il n'y a que moi qui en mange (j'ai réussi à faire aimer le curry japonais à mon mari qui ne jurait que par les thaïlandais, mais l'azuki - des haricots rouges sucrés !! -  tout comme le matcha, le tofu, etc., c'est pas gagné ! Ah oui, les algues aussi, il aime bien les salades d'algues !), et ça ne se conserve pas très longtemps au frigo cette chose-là. Donc, voila une semaine que je m'évertue à passer cet anko : avec du yaourt de soja (très bon), du tofu soyeux (un peu moins bon, mais mangeable), mais aussi :

En manjû ... enfin à ma façon qui est plutôt du style briochette fourrée à l'anko : ce qui est tout à fait délicieux d'ailleurs ! Il suffisait simplement que je fasse des boules de pâte plus petites avec beaucoup plus d'anko à l'intérieur, et qu'au lieu de les mettre dans des moules à muffins, je les pose directement sur une plaque en silicone. Mais voyez-vous, j'ai regardé la recette des manjû après ... Je vous donne tout de même les indications pour les briochettes car elles étaient vraiment réussies.

 

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Pour une dizaine de petites brioches, j'ai mélangé 250 g de farine avec 1 sachet de (bonne cette fois ...) levure de boulanger et pétri le tout avec 3 c à soupe de lait et 3 c à soupe d'eau (le tout tiède). J'ai ensuite incorporé 2 oeufs, 1 c à café de sel, 2 c à soupe de sucre et longuement pétri jusqu'à obtention d'une pâte homogène (j'ai dû tout de même ajouter de la farine). J'ai alors incorporé en plusieurs fois 100 g de beurre ramolli et pétri jusqu'à ce que la pâte se détache bien de la terrine et l'ai laissée reposer.
Au bout d'une heure, j'ai à nouveau pétri la pâte et ai formé de petites boules dans lesquelles j'ai incorporé l'anko pour moi et de la confiture de fraise pour celui qui n'aime pas la confiture d'azuki ;) J'ai mis ces boules dans des moules à muffins en silicone de différentes formes et les aies laissées reposer 70 mn pour qu'elles montent. Avant de les enfourner 15 mn à 175°, je les aies badigeonnées de jaune d'oeuf délayé avec de l'eau tiède et parsemées de graines de pavot bleu.
J'aurais pu y ajouter de l'eau de fleur d'oranger ou du citron rapé, mais j'y ai pensé après ... tout comme pour la recette des manjûs ;)


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Avec de la matcha jelly maison à l'agar-agar : pas très esthétique, mais matcha+anko = le Goût du Japon assuré !!



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En dora yaki : tout simplement des petits pancakes (de chez Picard en l'occurrence) fourrés à l'anko. Là encore, je retrouve le goût du Japon !

 

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Régime
 alimentation équilibrée ou pas, il faut bien que je vienne à bout de ma boîte d'anko ! En fait, tout cela a surtout remplacé mon bol de céréales du petit déjeuner ! Il m'en reste encore un peu, je crois bien que je vais faire de nouveaux essais avec de la gelée à l'agar-agar : c'est génial et surtout c'est zéro calorie assurée ;)