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Extrait de "Les tendres plaintes" de Yoko OGAWA

"Ce jour-là, je découvris l'atelier de Nitta. Je n'étais pas sortie dans ce but, mais j'étais en train de me promener dans le bois lorsque soudain j'avais eu envie de le chercher. Je n'avais pas le courage d'aller encore une fois le déranger chez lui alors que je n'avais rien à y faire, mais j'avais l'impression que si je découvrais son atelier par hasard en passant par là il me serair permis d'y entrer.
De l'autre côté de la route départementale qui longeait un petit cours d'eau, en avançant en direction du skyline payant, on arrivait à une bifurcation où se dressait un panneau indiquant "le Parc forestier des oiseaux sauvages".
Après une hésitation, j'ai choisi le chemin qui n'avait pas de panneau. Quand on s'aventurait aussi profondément dans les bois, on n voyait plus aucune habitation et l'on ne croisait personne.
Bientôt apparut un marais entièrement recouvert d'herbes aquatiques. En forme d'aile de papillon, il était entouré de bouleaux. Au bord du marais, je découvris soudain une petite cabane. Au toit moussu, aux murs couverts de plantes grimpantes. Puisque Dona était assis non loin, j'ai tout de suite compris qu'il s'agissait de l'atelier.
- Excusez-moi de vous déranger pendant votre travail ...
Je suis entrée doucement.
- Non, vous ne me dérangez pas. Vous êtes toujours la bienvenue. Mais comment avez-vous trouvé, ici ? me demanda Nitta en se retournant et en enlevant ses lunettes à monture argentée.
- C'est que, quand j'étais enfant, j'ai pas mal couru dans les environs, j'ai une vague idée de l'endroit.
_ On m'a cédé l'ancien local à pompe, que j'ai rénové. On est à l'étroit, je suis désolé, mais entrez donc.
A l'intérieur, il y avait trois établis entourés d'étagères allant jusqu'au plafond, et avec deux personnes debout il ne restait pratiquement plus d'espace libre. Sur les établis et les étagères étaient posés toutes sortes d'outils et d'appareils aux formes étranges, des cartons et des boîtes de conserve qui remplissaient tout. Plusieurs burins, tenailles et tournevis de tailles différentes, des scies électriques, brosses, échelles, pieds à coulisse, paquets de plumes attachées avec un élastique, crayons de couleur, morceaux de bois, peintures, colles, rabots ... Toutes ces choses à première vue en désordre étaient cependant alignées en respectant une certaine cohérence.
- Et Kaoru ? questionnai-je après m'être assise sur le tabouret qu'il m'avait avancé.
- Elle était là jusqu'à tout à l'heure, mais elle est retournée à la maison remplir des papiers administratifs.
- Vous travaillez toujours seuls tous les deux ?
- Oui. La plupart du temps enfermés ici. En silence, hein.
J'essayais d'imaginer la scène.
Tous les deux à leur établi, travaillant avec recueillement à la fabrication des pièces de clavecin. Remuant leurs doigts qui se ressemblaient comme deux gouttes d'eau, ils rabotaient, sculptaient et polissaient des morceaux de bois. De temps à autre, Nitta donnait une ou deux indications à Kaoru. Sur le même ton que la fois où, en ma présence, il lui avait demandé de jouer. Elle répondait de sa belle voix naturelle. Et le silence revenait, leur respiration seule comblant le vide entre eux ..."


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Une bien tendre mélodie ! Encore une fois, Yoko OGAWA me ravit : aucune fausse note dans ses "Les tendres plaintes", le titre faisant référence à une oeuvre de Rameau.

J'ai lu ce roman en mars dernier, au moment de la catastrophe qui a touché le Japon. Etrangement, et c'est souvent étrange avec Yoko OGAWA, une grande partie du récit se passe dans la région de Fukushima ...
Fukushima, je n'en parle plus sur mon blog, ce qui ne veut pas dire que je me désintéresse de ce qui se passe là-bas - bien au contraire ; mes pensées vont très souvent vers ceux qui ont été, sont et seront victimes de ce désastre ...

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La campagne japonaise telle que je l'aime : j'ai pris ces photos à Takayma dans les Alpes Japonaises en juillet 2008