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"Avec une désinvolture que l'Occidental a de la peine à imaginer, Tokyo a été évacué et évacue encore son passé. Pourtant, en dépit des apparences, Tokyo est-il vraiment une capitale sans mémoire ?

Au coeur, pour commencer, la descente le long des remparts du palais impérial vers le parc Hibiya et le quartier de Ginza, une jour de pluie fine et de chaleur, entraîne vite dans la rêverie et vers cet allègement serein que procure la beauté. Bien sûr, à droite, le présent vous guette et vous accompagne, avec ses buildings, ses ministères ; mais à gauche, les écharpes de brume dans les pins, les lourdes portes cloutées dans leurs murailles blanches, sous leurs avant-toits de tuiles grises, les longues courbes, austères et noires, des énormes blocs de pierre taillés et assemblés à cru, et qui encerclent le cercle des cercles, dans un espace et un ciel vastes et dégagés, vous parlent d'autres choses, qui ressembleront vite, on le sent, aux secrets très anciens de l'éternité.

Pour accueillir d'autres flâneries lentes et le songe, au creux du tohu-bohu, s'entêtent les jardins immobilisés dans le tempsL Au nord, celui de Rikugien, à parcourir un jour de neige et de soleil froid, le long de son chemin à surprises autour d'un vaste étang, lorsque l'haleine de son ruisseau pris dans la glace flotte sur les pierres, lorsque les cônes de neige encapuchonnent les cônes des cordages tendus sur les pins.

Au nord-ouest, le jardin précieux de Chizanso, escarpé, accroché à sa colline, offrant sa cascade qui se déchire sur les rocs, son pont vermillon, sa pagode, son pavillon à thé près de la vieille roue à eau, dans les roseaux et les bambous, et des chemins sous les érables rouges, que parcourent en riant, à petit pas entravés, les dimanches d'automne à camélias et de grand ciel bleu, des jeunes filles en kimono. Des jeunes filles fades, lointaines et sensuelles, qui semblent; héroïnes de roman, s'avancer dans l'oeuvre de Kawabata.

En plein centre, quand on veut et comme un havre, près du carrefour Iidabashi grondant de tous ses camions, autoroutes et trains, ne pas oublier surtout d'aller hanter un instant le jardin de Koïshikawa, si discret, si méconnu. Cette ancienne propriété des shoguns Tokugawa du XVIIème siècle - parcours dans l'ombre ou sous les cerisiers pour avril, treilles de glycines pour juin, pavillon à toit de chaume pour un thé - lutte de tout son iki, de toute son élégance aristocratique silencieuse, contre le jaune criard et les boums-boums du centre des jeux populaires de Korakuen qui s'y adosse avec la barbarie insolente d'un punk qui cherchait la babarre.

Pour ne parler toujours que des jardins, il restera encore à se prerdre, sous les frondaisons hautes et sombres se refermant sur les allées de Meiji Jingu Nai En. Celle-ci débouchent sur l'espace austère et la lumière de la vaste cour centrale du temple shinto où retentissent, dans un ciel vide et blanc qu'encadrent les galeries aux toits de cuivre verdi, les croassements en rafales des grands corbeaux de Tokyo. Durant les trois premiers jours de janvier, pour l'oshogatsu, quatre millions de Tokyoïtes, dans un doux bruit de clochettes, de paroles et de gravier roulé sous les getas, viennent y saluer la nouvelle année.

Et il serait bien que Mai conduise vos pas, un soir de soleil couchant, au bord de la mer clapotante et noire, le long des milliers d'iris violets du parc de Hama Rikyu, où les Tokigawa aimaient à se rendre pour chasser les canards sauvages d'une baie alors aussi sauvage que ces errants venus du Nord, mais qui ne voit plus passer qu-dessus d'elle maintenant que des grands avions argentés descendant vers Haneda ..."

Extrait de TOKYO de Jean PEROL

Je l'ai peut être déjà dit car je le cite souvent, mais cet ouvrage est mon compagnon de voyage, mon meilleur guide de Tokyo ! Quand bien même fut-il publié en 1986 ....

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Je n'ai même pas apercu le Kokyo, le palais impérial, juste une partie des douves qui bordent l'ensemble de cet immense "centre vide" qu'est le domaine de l'empereur et de l'impératrice du Japon. Depuis le transfert de la capitale de Kyoto à Tokyo en 1868, la famille impériale a établi sa résidence sur le site du palais des shoguns Tokugawa où elle vit, bien à l'abri des regards, sauf une fois l'an me semble-t-il, où les Japonais viennent saluer leur dieu vivant. Bon, vous l'aurez compris, la vie impériale actuelle ne me passionne pas vraiment  ...
Je préfère m'intéresser à cette charmante partie du Kitanomaru ...

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Lien sur mon blog en relation avec ce message

Le jardin Hama Rikyu (clic ICI)

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