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A Jimbocho, quartier des libraires et des bouquinistes, je n'ai pas trouvé de roman de Murakami, ni de Ryû, ni de Haruki d'ailleurs, mais j'ai acheté une très belle estampe d'Utamaro, une reproduction bien sûr, mais ancienne, et un ouvrage sur Suzuki Harunobu, encore un des maîtres de l'estampe que j'ai découvert.


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Kitagawa Utamaro "Portrait de Takashima Ohisa" (1793)

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Suzuki Harunobu "La chasse aux insectes" (vers 1767/1768)

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Je profite de cette balade à Jimbocho pour vous conseiller la lecture de ce très beau roman de Ryû Murakami : Kyoko.


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"Est-ce qu'il y a un danseur nommé José Fernando Cortès chez vous ? Cortès, C.O.R.T.E.S. La fille de l'accueil a tapoté le clavier de son ordinateur avant de répondre : No. Je n'ai aucun aucun élève ni professeur de ce nom-là sur mes listes. C'était la première fois que je me trouvais à la réception d'un cours de danse, il y avait une étrange atmosphère, qui convenait parfaitement à Kyoko. Le décor lui convenait mieux qu'à moi qui suis pourtant né et ai grandi dans cette ville. Il y avait des affiches de ballets classiques et de Bob Fosse collées sur les murs, des photos de danseurs célèbres, l'éclairage direct, léger mais froid, évoquait un peu un hôpital. Naturellement il n'y avait pas de malades, mais ça ne respirait pas non plus la santé. Un parfum de sueur flottait dans l'air. Pas la forte odeur de transpiration qui imprègne la salle d'un club de basket ou de boxe d'une école, pas non plus la sueur virile d'un chantier de construction ou de travaux publics, non, c'était une odeur de transpiration bourgeoise et affectée. Normal que ça ne me convienne pas. Kyoko, elle, semblait parfaitement à l'aise dans l'atmosphère de l'école de danse. Ce n'est pas qu'elle avait l'air bourgeois, mais c'était une danseuse, et sa sueur avait sûrement un parfum élégant, ce devait être une sueur sans esprit de lutte des classes.

J'ai reposé la question d'une autre façon : je crois que José a fréquenté votre studio il y a plusieurs années, vous ne devez pas garder tout le monde sur vos listes d'ordinateur ? La réceptionniste aux ongles longs et effilés laqués de vernis vert a secoué la tête : si vous demandiez à BJ ? elle a suggéré en désignant le fond du couloir. Il est professeur ici depuis plus de dix ans, il doit connaître tous les étudiants qui sont passés ici, il est en train de donner une leçon au studio C, il aura fini dans cinq minutes.

Il paraît que des jeunes viennent de partout dans le monde pour prendre des cours de danse à New York. Kyoko et moi, appuyés contre la porte d'entrée restée ouverte du studio C, on a regardé la fin du cours de BJ. Sept ou huit étudiants, suant à grosses gouttes, se cambraient ou faisaient des bonds. J'allais demander à Kyoko ce que c'était comme genre de danse mais en la regardant, la question m'est restée sur les lèvres. Elle contemplait les élèves aux couleurs de peau variées d'un oeil vague et avec une expression de tristesse et de lassitude que ne pouvaient seulement expliquer le décalage horaire et la dizaine d'heures qu'elle avait passée dans l'avion pour venir jusqu'ici. Elle avait l'air grave mais épuisé, incapable de faire autre chose qu'attendre que se termine cette leçon."

Note de l'éditeur

Dans ce roman, au ton volontairement plus léger que celui des Bébés de la consigne automatique, Murakami a voulu écrire, selon ses propres termes, un "roman sans drogue, sans violence et dans sexe, sur la renaissance et l'espoir".
Kyoko a vingt et un ans. Elle est venue à New York à la recherche d'un souvenir d'enfance. Dans cette histoire d'un voyage à travers les Etats-Unis, l'auteur donne tour à tour la parole aux différents personnages qu'elle croise. Obstinée et ingénue, animée d'un surprenant enthousiasme pour la vie, Kyoko les entraîne malgré eux dans son sillage. Son amour des êtres, sa tendresse et sa compassion naturelle éblouissent autour d'elle les couleurs désastreuses de la vie et renouent les fils de l'espoir pour les amis de rencontre.
Véritable quête intérieure, dans un monde multiracial en proie à la violence, Kyoko est un roman initiatique. Un conte moderne dont la justesse de ton et la sobriété de langage réussissent à maintenir le lecteur dans un perpétuel état d'alerte et d'émotion.

Tout est dit ! J'ajouterai juste que Kyoko est le souffle tiède d'un vent léger qui vient réchauffer le corps et l'âme meurtris de José Fernando Cortès ; c'est l'être céleste qui l'accompagne avec amour jusqu'au bout de la nuit, jusque au bout de la vie.

Cette histoire m'a ramenée quelques trente ans en arrière où je découvrais le bouleversant ouvrage de Dominique Lapierre "Plus grands que l'amour".

Photos prises à Jimbocho - Tokyo - en mai 2010.