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1945. Pour les Etats-Unis, il faut terminer cette guerre du Pacifique, longue, atroce, où chaque îlot reconquis, chaque mètre gagné, coûtent des millions de vies humaines, américaines et japonaises.
Il faut leur monter de quel côté est la puissance, et la victoire inévitable de demain. Aussi, l'état-major américain, décide-t-il de frapper à travers Tokyo la volonté nippone de résister.
Dans la nuit du 9 au 10 mars 1945, à minuit, une escadrille de 334 bombardiers B29 arrive sur Tokyo.
Et déverse 700.000 bombes incendiaires.
1.700 tonnes de la première version du napalm et de phosphore sur la ville. Une capitale faite encore en majeure partie de maisons de bois. L'enfer a commencé. Qui ne laissera qu'un désert de cendres et de ruines, dans lequel va s'entêter la vie aigre de l'après-guerre, et vont errer les loups de la misère. En une nuit, tout ce qui restait de l'édonique Edo et tous les vestiges culturels de l'ancien japon que renfermait encore en abondance Tokyo (laques, rouleaux, statues, maisons d'époque et leurs milliers de merveilles transmises pendant des siècles et échappées aux catastrophes) sont volatilisés sur l'autel de l'absurde.
Avec ses 197.000 victimes. Plus encore qu'à Hiroshima quatre mois après.
Dans les variantes de ses répétitions, l'horreur reste l'horreur. Aux mêmes détails près : les gens qui flambent, l'eau des fossés qui bout, les ponts en fer portés au rouge, les noyés dans la Sumida. Ajoutons simplement les éclats, ce napalm juste inventé, ses giclées qui savent trouver plus vite ce qui peut s'enflammer et cette peau si fragile des humains. Inutile d'insister. Inutile et indécent.

Ce que Claudel avait dit après le séisme de 1923 peut de nouveau être dit sur les ruines de 45 : "C'est le vieux Japon qui disparaît d'un seul coup pour faire place à l'avenir, dans un holocauste comparable à la consommation d'Alaric".
Serait-ce la volonté obscure des dieux de cette ville ? De dégager par la violence, dans ce pays d'ordre, de traditions, un espace pour le neuf, pour l'invention ?
Table rase, herbe rase, un cercle de feu pour y faire danser la liberté et le futur ?
C'est dire que Tokyo n'est pas le lieu où il faut venir pour rencontrer cet ancien Japon cher aux phantasmes occidentaux sommaires de tant de voyageurs.

Extrait de Tokyo
Jean PEROL

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Retour sur le monorail de la Yurikamone qui relie l'île de Daiba (ou Odaiba) au quartier de Shidome

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Ja mata ne !

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