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C'est cette nuit-là que germa dans l'esprit de Minoru l'idée d'édifier une statue de Bouddha avec les ossements des morts de l'île.

En proie à l'insomnie, il resta jusqu'au matin à contempler le profil de Nue, songeant aux disparus. Pourrait-il les revoir un jour ? Ou bien étaient-ils partis à jamais ?

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Nue, endormie, avait l'air solennel : elle semblait être la dépositaire de la volonté des morts. Un jour viendrait où il serait privé de sa présence, songea Minoru. Les êtres humains ne seraient-ils donc jamais délivrés du phénomène de la séparation ? Il prit doucement la main de sa femme dans la sienne, sentit un picotement sous ses paupières, les pleurs lui montèrent aux yeux. Stupéfait de sentir ses larmes couler, il se demanda s'il n'était pas en train de devenir gâteux. Si les hommes qui avaient vécu dans le passé et ceux à naître dans le futur pouvaient se trouver tous réunis, alors le monde serait vraiment humain, songea-t-il. Si l'on pouvait tout recommencer depuis le début, mêler et dépasser toutes les souffrances et toutes les joies connues sur cette terre, ne parviendrait-on pas à la définition même du bonheur humain ?

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C'est alors que lui vint l'idée d'extraire les ossements des tombes où reposaient les gens de l'ïle, de les rassembler, les réduire en poussière et ériger à l'aide de cette matière une statue de Bouddha. A l'instant même où cette idée surgit en lui, tous les doutes qui l'avaient jusque-là tourmenté au sujet de la mort s'évanouirent. Il ne réunirait pas les urnes dans un columbarium, il édifierait plutôt une statue de Bouddha à partir de leurs ossements !

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Minoru commença par rire involontairement de cette idée étrange, mais progressivement l'image de la statue terminée s'imposa à son esprit, impressionnante et solennelle, et un frisson le parcourut.

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Il ne put fermer l'oeil de la nuit. Etait-ce seulement possible ? S'il parvenait à accomplir cela, les âmes des ancêtres ne seraient plus jamais séparées. Peut-être cela leur permettrait-t-il de se revoir un jour dans l'autre monde ? Et si, tous ensemble, ils devenaient un seul et même Bouddha, jamais les génération futures ne les oublieraient.

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Un bouddha qui symboliserait la promesse de se revoir dans l'autre monde. Un sépulture qui ne serait jamais délaissée par les vivants, tant que l'île existerait. Un lieu où ses petits-enfants pourraient communiquer avec leurs ancêtres. Un monument qui commémorerait lelien de tous ceux qui s'étaient rencontrés sur l'île d'Ôno. Le futur rejoignant le passé.

Extrait du roman de Hitonari Tsuji
Le Bouddha blanc

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Note de l'éditeur

Minoru Eguchi est armurier dans une île du sud du Japon, l'île d'Ôno. Sur son lit de mort, il se souvient de sa vie commencée à la fin du siècle dernier dans le Japon de la fin de l'ère Meiji. On le suit, lui et sa famille, à travers les guerres du XXème siècle, à travers la richesse ou la pauvreté, à travers les interrogations sur la vie, l'amour, la mort.
Pour s'assurer qu'aucune âme n'errera solitaire sans trouver le repos, il entreprendra la construction d'un immense statue qui donne son titre au roman. Un Bouddha debout parce qu'un "Bouddha assis ne peut secourir un enfant qui ne noie, tandis qu'un Bouddha debout peut se précipiter au secours de tous ceux qui en ont besoin." Un Bouddha édifié avec les ossements de tous les morts de l'île d'Ôno. "Un Bouddha qui symboliserait la promesse de se revoir dans l'autre monde. Une sépulture qui ne serait jamais délaissée par les vivants, tant que l'île existerait."

"Le Bouddha blanc" a obtenu le prix Fémina étranger 1999.

Pourquoi les souvenirs disparaissent-t-ils ? telle est l'interrogation lancinante de Minoru, personnage principal du Bouddah Blanc. De l'enfance à la vieillesse, on suit le parcours de cet armurier que tout prédispose au refus de l'oubli.
Loin d'être désespéré ou pessimiste, ce très beau roman dont se dégage une poésie à la fois morbide et mystique témoigne d'un profond humanisme et conduit à une réflexion limpide sur nos illusions.

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Né à Tokyo en 1959, Hitonari Tsuji s'est fait connaître sous trois visages : rocker, cinéaste et écrivain, mais aussi poète et photographe. "L'appareil photo. Voila l'instrument de mesure de l'amour. La réussite d'une photo dépend de l'amour que porte à son sujet l'être humain qui le manipule."

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Merci de votre visite !!

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Merci Loula ! On reconnaît les âmes pures ... j'avais oublié qu'il y a Mon Voisin Totoro qui passe ce soir sur Arte ! J'en profite aussi pour conseiller à ceux qui, comme beaucoup d'entre nous, on gardé leur âme d'enfant (leur âme pure) d'aller au cinéma voir Dragons, 3D ou pas, c'est un régal ce film d'animation. J'ai lu quelque part, sur le Nouvel Obs il me semble, que le petit dragon noir ressemble au chat-bus de chez Totoro. Mais oui ... je cherchais la ressemblance ;))

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