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Lorsque les dernières résonances du carillon eurent disparu, je sentis soudain une drôle d'odeur Elle n'était pas du tout désagréable, pas flatteuse non plus, mais tenace. J'inspirai profondément. Elle était mon seul point de repère.
- C'est une odeur de fougère, murmurai-je.
C'était une magnifique maison en pierre. Un haut portail en fer forgé plus grand que moi était entrouvert. Un chêne étendait sa ramure, offrant une ombre qui paraissait fraîche. Je la franchis sans hésiter. J'avançai vers le maison, levai les yeux vers les fenêtres, en fis le tour par l'ouest. Parce que c'était de là que provenait l'odeur.
Il y avait un jardin soigneusement entretenu. Les arbustes étaient taillés au millimètre près, qui délimitaient de petites allées vertes, des rosiers grimpants avaient encore quelques fleurs, et d'une fontaine au centre coulait une eau pure. Le long de cette fontaine, un tigre était couché.
- Que faites-vous ? questionnai-je.
- Venez près de moi, vous allez comprendre, répondit sans surprise et sans me regarder le vieillard qui se trouvait près du tigre.
- Est-ce qu'il est mort ?
- Non, on a encore le temps.
Et contrairement à ce à quoi je m'attendais, il me fit signe d'approcher.

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J'avançai sur la petite allée verte, et je sentis un vent agréable arriver de je ne sais où. J'entendais des gazouillis d'oiseaux et le bruit de la fontaine. On aurait dit que la chaleur qui pesait sur la ville n'arrivait pas jusque-là.
C'était un gros tigre. Le dos arrondi contre la margelle de la fontaine, les pattes pendantes, il avait la gueule à moitié ouverte. Il en sortait le bruit d'une respiration douloureuse.
- C'est un tigre ?
- Oui, un tigre sur le point de mourir.
Le geste du vieil homme, qui, à genoux auprès de l'animal, lui tenait la patte avant gauche, était si doux que je n'avais pas peur du tout.
Tenez, venez ici, me fit-il comprendre d'un regard.
Dans cette chaleur, il était correctement vêtu et n'avait pas une goutte de transpiration. Il avait un noeud papillon, des boutons de manchette en perle, et portait une veste en tissu de premier choix. Ses cheveux blancs ondulés étaient soigneusement lissés.

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Je m'agenouillai de la même manière, posai ma main sur son dos. Je n'avais pas pu faire autrement. Ce que j'avais pris pour une odeur de fougère était celle du tigre.
Je fus d'abord étonnée par sa tiédeur. Celle-ci me fait ressentir sans aucune ambiguïté qu'il ne s'agissait ni d'une peluche ni d'une hallucination, mais bien d'un animal vivant. Sous ma paume palpitait une masse tiède.
- Comme il est beau. On ne dirait pas qu'il va mourir, murmurai-je.
- Personne au monde ne peut fabriquer une forme aussi belle, dit le vieil homme en continuant ses caresses.
La fourrure noir et jaune brillait au soleil. Le contraste des couleurs, l'équilibre, l'originalité du motif, son ampleur, tout était parfait. Même s'il était couché, la colonne vertébrale qui soutenait son corps dessinait une arche, tandis que ses pattes gardaient la puissance de l'époque où elles foulaient encore la terre. Ses mâchoires étaient développées, et ses crocs  que l'on apercevait à peine étaient solides. Rien n'était inutile, rien ne manquait.
- C'est votre tigre ?
- Oui, acquiesça-t-il.

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Le ventre se convulsa, un grognement se mêla au souffle expiré.
- Mais c'est terrible.
Je concentrai mon attention sur la main qui caressait le dos.
- Tout va bien. Il ne faut pas se précipiter.
Pour la première fois, le vieil homme se tourna vers moi et me rendit mon sourire.
Alors que la fourrure était épaisse, elle ne piquait pas la peau désagréablement, adhérait plutôt à la paume. Plus on la caressait, plus une forte odeur de fougère s'en dégageait.
Le tigre baissa les oreilles, sortit la langue. De la bave coulait de sa gueule. Avec le peu de force qui lui restait, il frottait sa tête contre le sol, essayait de se rapprocher du vieil homme.
- Aah, tout doux, tout doux.

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Les bras autour de son cou, il frottait sa joue contre la sienne.
Un souffle de vent fit trembler les roses. Un insecte sautait sur le pelouse. De temps à autre, des gouttes de la fontaine nous arrosaient.
- Je ne vous dérange pas ?
Je m'étais rendu compte que j'étais en train d'assister aux instants les plus précieux pour eux.
- Pourquoi dites-vous cela ? répondit-il d'un air à moitié réprobateur. Restez près de nous. Nous avons besoin de vous.
Puis il retrouva aussitôt son air douloureux. Il avait le même regard que lorsqu'il observait le tigre.
La respiration de l'animal devenait de plus en plus irrégulière. A chaque expiration, sa gorge avait des soubresauts. La fourrure à cet endroit avait elle aussi le même motif noir et jaune bien net. Sa langue était sèche, ses crocs claquèrent. Ses pattes arrière se convulsèrent. Je caressai son dos de toutes mes forces. Je ne pouvais rien faire d'autre.
Le vieil homme était immobile, la tête entre ses bras, sa joue contre la sienne. Le tigre ouvrit les yeux. Ses prunelles d'un noir sans fond le cherchèrent et, après avoir vérifié qu'il était bien là, il referma ses paupières, rassuré.
Leurs corps ne faisaient qu'un. Joue et mâchoire, torse et cou, paume et patte, noeud papillon et motif de la fourrure ... Tout se fondait dans un seul contour. Il n'y avait pas de limite.
Le tigre poussa un rugissement qui résonna jusqu'à l'infini du ciel. La tiédeur contre ma paume s'en alla au même rythme que ses dernières résonances. Le bruit des crocs s'arrêta, il expira son dernier souffle. Le calme tomba sur nous avec lenteur.
Le vieil homme serrait toujours le tigre entre ses bras. Pour ne pas les déranger, je me suis relevée discrètement et j'ai quitté le jardin.

Extrait de Tristes revanches de Yoko OGAWA
Les derniers instants du tigre du Bengale


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2010 est l'année du Tigre de métal selon le calendrier chinois ; le nouvel an chinois aura lieu le 14 février prochain, aussi, c'est pour quelques jours encore l'année du boeuf ... et, pour être encore plus précise, l'an 22 de l'ère Heisei au Japon.

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Le tigre est le troisième animal du zodiaque chinois. Superbe et généreux, sensible, émotif, capable d'aimer très fort. Mais aussi rebelle, obstiné, un peu tête brûlée et parfois mesquin.
Une année du tigre de métal ne sera pas une année insipide, mais une année pleine, riche et forte, avec de belles surprises et des moments de tension.
Une année où il faudra savoir prendre parfois du recul et ne pas foncer sans réfléchir, mais aussi profiter de l'atmosphère propice aux engagements et aux sentiments. Une année pour aimer et le dire, partager, vivre à fond ses émotions ...
Une fois n'est pas coutume, c'était la petite séquence astrologique annuelle. ... Moi, ce que j'en dis, c'est qu'année du tigre ou pas, l'essentiel est de positiver et de savoir saisir ces petits bonheurs qui suffisent pour parfumer la vie ...

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Merci à tous pour vos voeux !

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