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DSCN9080Le directeur les aimait d'un amour fervent. Mais il n'entendait pas relâcher les corrections dont était passible tout novice. Il lui semblait que plus ses corrections étaient rigoureuses, plus elles imprimaient de belles nuances à leur vie d'artistes de cirque, constamment en proie au danger, à la précarité et à une détresse sans issue.
Il avait l'habitude de voir la piste de derrière le rideau, quand il se retirait après avoir salué le public.
Entre la fumée de cigarettes et la buée de la respiration, la piste était enveloppée dans une brume dorée. Les milliers de spectateurs paraissaient solennels. Par-dessus leurs têtes s'étendait un espace souillé, sombre et vaste. C'était l'univers du cirque : dans les moindres recoins, ils se plaçaient aussitôt et installaient des étoiles scintillantes. A cause du vent qui soufflait à travers la toile, cet espace semblait flottant, il enflait dans les ténèbres et ondoyait. Comme des poissons des mers profondes, un homme et une femme, vêtus de papier d'argent et de fer-blanc coloré, s'élevaient par moment dans les hauteurs. Alors, de cette foule opaque des abîmes, montait un brouhaha joyeux qui déchirait les tympans.

Tout là-haut, le miracle s'accomplissait avec une modestie et une retenue étranges. L'homme et la femme à demi nus esquissaient une étreinte furtive et merveilleuse, comme deux dieux. Après quoi, le trapèze sombre aux cordes interminables oscillait en entraînant paresseusement le temps trouble de ces hauteurs. Pour toujours.

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Par une fissure au faîte du chapiteau, on devait percevoir la mer, mais personne ne l'a jamais vue. Personne ne l'a vue, mais on dit que, la nuit au clair de lune, la surface de la mer scintille comme un maquereau. A travers cette fente, le clair de lune filtrait de temps à autre. Pour la séance du soir, le dimanche, quand la trapéziste s'élevait, son cache-coeur se nuançait de délicates lueurs pâles.
Dans l'orchestre éclatèrent soudain les sonorités stridentes des trompettes.
Le garçon et la fille entraient en piste.
La fille portait plusieurs jupons de tulle superposés, aux broderies brillantes. Ses pieds nus étaient chaussés de souliers argentés à l'éclat inquiétant. Le garçon était vêtu en prince, d'un manteau de velours violet émaillé de petits miroirs en forme d'étoile. Sur un justaucorps en mailles argentées, censé représenter une armure, il arborait sur la poitrine, un blason orné d'un lys écarlate.
Main dans la main, ils se précipitèrent au centre pour esquisser de ravissantes révérences, avec des gestes de mimes.
Le public applaudit en poussant des cris d'enthousiasme délirant. Le directeur vit que des larmes attendries brillaient dans les yeux des spectateurs.
P., redressant les épaulettes de son gilet rayé jaune et noir, tapota dans le dos du directeur d'un air fier.
Ce dernier ne répondit pas. Car, tout comme les spectateurs, il affichait une expression extatique, la bouche entrouverte. Ses yeux brillaient de cette sympathie que le spectacle d'un être humain peut inspirer à un autre être humain.

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Extrait d'Une matinée d'amour pur de Yukio MISHIMA (Le cirque)
Photos prises au parc Ueno (Tokyo) en mai 2009

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