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Au-dessus de la petite gare de Sendagi, dans le quartier de Nippori, se trouve le cimetière de Yanaka. Quelle idée, penserez-vous, de visiter un cimetière, même si celui-ci est particulièrement prisé des visiteurs lorsque ces cerisiers sont en fleurs. Ce ne sont pas les cerisiers en fleurs qui m'ont guidée vers ce havre de paix, mais Natsume Sôseki, célèbre écrivain japonais, qui y repose en paix, tout comme le dernier shogun du Japon, Tokugawa Yoshinou ainsi que de nombreux  héros de légendes populaires paraît-il, des assassins ou des victimes de doubles suicides amoureux ...

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Je n'ai pas trouvé la tombe de Sôseki, même si certains indices semblaient me mettre sur la voie ...

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un "Oreiller d'herbe" ...

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et ce chat, qui ne se trouvait sans doute pas là par hasard, puisque Sôseki est aussi l'auteur du roman satirique "Je suis un chat" ...

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Je gravissais un sentier de montagne en me disant : à user de son intelligence, on ne risque guère d'arrondir les angles. A naviguer sur les eaux de la sensibilité, on s'expose à se laisser emporter. A imposer sa volonté, on finit par se sentir à l'étroit. Bref, il n'est pas commode de vivre sur la terre des hommes.
Lorsque le mal de vivre s'accroît, l'envie vous prend de vous installer dans un endroit paisible. Dès que vous avez compris qu'il est partout difficile de vivre, alors naît la poésie et advient la peinture.
Le monde humain n'a été créé ni par les dieux ni par les démons. Après tout, ce ne sont que des personnes ordinaires, comme vos voisins immédiats. S'il est difficile de vivre dans ce monde humain que des hommes ordinaires ont créé, il ne devrait pas subsister de pays où s'installer. Il ne reste plus qu'à se rendre dans un pays sans hommes. Or, il doit être plus dur de vivre dans un pays sans homme que dans le monde humain.
Puisqu'il est difficile de vivre dans ce monde que l'on ne peut quitter, il faut le rendre un tant soit peu confortable, afin que la vie éphémère y soit viable, ne fût-ce qu'en ce laps de temps éphémère. C'est alors que se déclare la vocation du poète, c'est alors que se révèle la mission du peintre. Tout artiste est précieux car il apaise le monde humain et enrichit le coeur des hommes.

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Ce qui débarrasse de tout ennui ce monde, où il est difficile de vivre, et projette sous vos yeux un monde de grâce, c'est la poésie, c'est la peinture. Ou encore, c'est la musique et la sculpture. Pour être exact, il ne s'agit pas de projeter le monde. Il suffit d'y poser son regard directement, c'est là que naît la poésie et c'est là que le chant s'élève. Même si l'idée n'est pas couchée par écrit, le son du cristal résonne dans le coeur. Même si la peinture n'est pas étalée sur la toile, l'éclat des couleurs se reflète dans le regard intérieur. Il suffit de contempler le monde où l'on vit, et de contenir, avec pureté, et clarté, dans l'appareil photographique de l'esprit, le monde d'ici-bas, futile et chaotique. C'est pourquoi un poète anonyme qui n'a pas écrit un seul vers, un peintre obscur qui n'a pas peint une seule toile, sont plus heureux qu'un millionnaire, qu'un prince, que toutes les célébrités du monde trivial, car les premiers savent observer la vie, peuvent s'abstraire de toute préoccupation, sont en mesure d'entrer dans le monde de la pureté, de construire l'univers unique et de balayer les contraintes de l'égoïsme.

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Ayant vécu vingt ans en ce monde, je compris qu'il valait la peine d'y vivre. A vingt-cinq ans, j'ai eu la révélation que la lumière et les ténèbres étaient deux faces d'une même réalité et que partout où naît la lumière, de l'ombre tombe sur nous. Aujourd'hui, à trente ans, voici ce que je pense : ... Plus profonde est la joie, plus profonde est la mélancolie ; plus grand est le plaisir, plus grande est la souffrance. Si on veut les séparer, on ne tient pas le coup. Si on veut s'en défaire, c'est le monde qui vacille. L'argent est important et les choses importantes, si elles s'accumulent, nous poursuivent jusque dans notre sommeil. L'amour rend heureux, mais lorsque ce bonheur de l'amour augmente, on a la nostalgie du passé où l'on n'aimait pas encore. Un homme d'Etat porte sur les épaules des millions d'hommes. Il soutient sur le dos l'énorme poids du monde. On regrette de manquer d'exquis repas. Si l'on y goûte à peine, on n'est jamais rassasié. Et si l'on dévore jusqu'à satiété, on a de désagréables relents ...
Mes pensées avaient dérivé jusqu'à ce point, lorsque soudain mon pied droit glissa sur le rebord d'une pierre carrée branlante. Pour rétablir l'équilibre, j'avançai aussitôt le pied gauche, me stabilisai ainsi et me retrouvai fort heureusement assis sur une roche d'un mètre carré. Je n'eus aucun mal, sinon que je laissai échapper la boîte de peinture que je portais en bandoulière.

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Assis seul en silence
J'aperçois une lueur au fond de mon coeur
Il se passe trop de choses chez les hommes
Comment pourrais-je oublier ce monde intérieur ?
J'ai par hasard obtenu une journée de sérénité
J'ai compris cent ans d'agitation
Où pourrais-je garder cette nostalgie lointaine ?
Sinon dans le ciel vaste où règnent les nuages blancs

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Extraits de "Oreiller d'herbes"
de Natsume Sôseki

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Merci de votre visite !

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