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Capitale de la mode

Ce n'est pas la première fois que le Japon a ses excentriques : au XVIIème siècle, le grand romancier de moeurs Saikaku évoquait les kabukimono  (ceux qui se contorsionnent), ces flambeurs des rues faisant frémir le bourgeois par leur comportement provocateur et leur accoutrement. Les "petites muses" de Shibuya, en rupture d'image avec la génération précédente, sont moins révolutionnaires qu'on ne peut le penser : dans les années 1920-1930, les moga (modern girl), coiffées à la garçonne, qui dansaient le fox-trot sur leurs talons aiguilles choquaient l'opinion par leur frénésie de vivre l'instant. L'insouciante Naomi du romancier Tanizaki (Un amour insensé), perverse et exhibitionniste, friande de jazz et de flirts, fut si représentative de ce genre de femmes qu'on parlait de "naomisme" pour désigner une génération dite "des sensations sans émotions". Mais la modern girl des années 1920, dont la grande dame de la littérature, la romancière Chiyo Uno (1897-1996), fut une figure emblématique, était aussi porteuse d'idées progressistes : l'émancipation de la femme. La jeune génération d'aujourd'hui, qu'il s'agisse des
Shibuyettes ou des jeunes lookés d'Harajuku, n'est ni revendicative ni rebelle. Elle n'est pas habitée par la fureur de vivre à la nippone des "tribus du soleil" des années 1950, ni par les idéaux révolutionnaires des contestataires des décennies suivantes, ou le nihilisme irrévérencieux des punks. Les vingt ans nippons ne contestent rien : ils ont un style. Ne sont-ils que cela ?

Philippe PONS
Extrait de la préface au livre de Ling Fei
"Jeunes Japonais, extravagance des corps"
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Les fameuses shibuyettes ...
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"A agir de la sorte, sa garde-robe, en l'espace d'une année, s'accrut dans des proportions considérables. Dans l'impossibilité de ranger tout dans sa chambre, elle (Naomi) accrochait ses robes partout où c'était possible ou les roulait et posait n'importe où. Nous aurions pu acheter une commode ; mais avec cet argent-là nous voulions acheter encore plus de vêtements, et d'ailleurs, nos goûts étant ce qu'ils étaient, il n'était nullement nécessaire de rien conserver aussi précieusement. Elle en avait une quantité, mais aucun qui eût couté cher : de toutes façons, ils étaient vite hors d'usage et il était bien plus commode de les éparpiller en des endroits où nous en avions envie, sans oublier qu'ils contribuaient plus que tout autre chose à la décoration des pièces. L'atelier ressemblait à la garde-robe d'un théâtre ; il y en avait partout : sur les chaises, sur le canapé, dans les coins, même sur les marches de l'escalier et sur la rampe du palier des mansardes - pas un endroit qui n'eût reçu son lot, largué là avec la plus grande insouciance. Ajoutons que Naomi ayant la manie de plaquer les étoffes sur sa peau nue, comme on les lavait rarement, la plupart d'entre elles étaient fort sales.
Un grand nombre de ces accoutrements était taillé de façon si extravagante que seule la moitié environ d'entre eux, sans plus, pouvait être portée au-dehors."

Junichirô TANIZAKI
"Un amour insensé"

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