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"Il faisait nuit déjà sur Tôkyô en septembre. Depuis une semaine, les agents immobiliers du quartier avaient été scrupuleusement interrogés et mis à contribution avec cette demande expresse : " Trouver une maison à louer dans le quartier de Kagurazaka, si possible, et dont le loyer ne dépasse pas 160.000 yens" (10.000 francs environ de l'époque). Hélas, des maisons pour un loyer abordable, dans le quartier des Français à Tôkyô, il n'y en avait pas.
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Aimables agents immobiliers, passant au peigne fin le quartier, téléphonant à d'autres collègues et néanmoins concurrents. Comment ne pas souligner la qualité du service japonais et le bonheur de vivre dans un pays où les personnes se montrent compétentes, modestes, souriantes, sincères ? Cela peut paraître un tantinet vieillot, vu au travers de lunettes hexagono-parisiennes, mais le plaisir de vivre au Japon réside là aussi : dans cette quotidienneté agréable offerte à tous. Oserais-je dire que la politesse n'est pas forcément réactionnaire et qu'elle permet d'économiser chaque jour au Japon des tonnes de stress, de maux divers, d'échecs et, donc, d'argent ? Heureusement d'ailleurs, sinon cette mégapole de la région du Kantô dont Tôkyô est le centre (on compte plus de trente-neuf millions de personnes sur un territoire grand comme la Belgique) deviendrait un bagne. Presque les deux tiers de la population française en une seule méga-agglomération ..."

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Grand-mère perruque nous a appelés : elle avait trouvé ce que nous cherchions, du côté du carrefour de Ushigome, pratiquement au bout de la rue que nous avions quittée. Incroyable. "La maison est un peu ancienne, avait-elle ajouté, et n'a pas eu de locataires depuis plus d'un an." L'information sonna bizarrement à nos oreilles.

Dans un quartier où le moindre espace est recherché, visité, et où la compétition fait rage entre les candidats aux logements à des prix abordables, il paraissait étrange que cette maison ait été inhabitée de longs mois.
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Une sourde angoisse nous étreignait : et s'il s'agissait d'une maison où il y avait eu un crime ou un suicide, un pendu, une mort violente ? Malgré le désir de se loger, on renâcle à l'idée d'affronter les esprits défunts qui restent presque toujours à rôder dans une maison et qui la nuit reviennent tourmenter les vivants.

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"Comment, vous ne croyez tout de même pas à ce genre de sornettes ? Et quand bien même, vous refuseriez de dormir dans la pièce où quelqu'un s'est pendu ?"

"Non, pas du tout. Quelle importance. Mais il serait préférable que ce petit coin de Tôkyô n'ait abrité que du temps et des vies ordinaires." Sur ce plan là, quand on est originaire de la région de George Sand et que l'on a été nourri à la mamelle de La Mare au Diable, on devient plus aisément japonais ...

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Nous sommes entrés. Par ce simple geste de franchir le genkan, l'entrée japonaise où l'on se déchausse pour monter à l'intérieur, on franchit aussi le temps. Choc, émotion intense. Nous étions à l'ère Meiji, quatre-vingts années en arrière au moins. Et c'était à louer. "Regarde le bain (un o furo), comme jadis avec sa petite cheminée à l'extérieur ; des placards japonais (oshiire) ; des pièces avec des tatamis ; un couloir-véranda (engawa) qui donne sur un minuscule jardin ; un escalier de meunier pour monter à l'étage ; des portes en carton, des fenêtres de papier, une cuisine japonaise avec une réserve dans le plancher pour garder des bouteilles au frais ..." Une maison musée. Il en restait encore une dans ce grand Tôkyô pris par la tornade de la spéculation immobilière. Et elle nous était destinée."

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Cette maison que grand-mère Nagatani loua dans les années 1990 à Jean-François Sabouret n'existe plus. Ainsi qu'il le raconte dans son ouvrage "Besoin de Japon", elle fut détruite quelques temps après la mort de grand-mère Nagatani. C'est grâce, ou plutôt à cause de son récit que j'ai décidé, par un matin de mai dernier, de visiter le quartier de Kagurazaka. Je n'ai pas été déçue, je suis tombée sous le charme de ce quartier aux aspects de petite ville provinciale, à la recherche, moi aussi, de la maison du bonheur ...

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