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C'est à Ginza, quartier central de Tokyo situé entre les jardins est du palais impérial et les rives de la Sumida que l'on frappait la monnaie d'argent à l'époque Edo. Ce n'est donc sans doute pas un hasard si aujourd'hui, tout ce qu'il y a de brillant, de chic et de cher, se trouve à Ginza.

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C'est bien par hasard que Richard Collasse, aujourd'hui président de Chanel Japon, a atterri sur le sol nippon dans les années 70. De ce pays, il ne connaissait que le Mont Fuji aperçu dans une fameuse publicité pour le bain moussant Obao et le Topcon, un appareil photo, fruit de la haute technologie japonaise, que son père lui avait offert.

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Impossible de trouver la publicité où l'on voit le Fuji-san ... celle-ci, inspirée des estampes japonaises est plus ancienne, elle date des années 60. Le nom O.BA.O a été donné pour rappeler l'o-furo (bain japonais), bien que l'on ne verra jamais de mousse dans un o-furo !!

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Le roman en partie autobiographique de Richard Collasse, "La Trace", a connu un très grand succès au Japon mais est passé un peu inaperçu en France où il a été publié en 2007 (il vient d'ailleurs de sortir en livre de poche). Ce n'est certes pas de la grande littérature bien que d'une fort belle écriture, mais un très agréable voyage en "japonie" à travers le regard bleu de ce jeune homme tombé en amour pour ce pays et qui sera douloureusement rattrapé par son passé à l'automne de sa vie ...

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Note de l'éditeur

"De nos jours, président d'une prestigieuse maison de luxe implantée au Japon, le narrateur, un Français d'une cinquantaine d'années, mène une vie en apparence sans histoires. Marié à une femme japonaise qu'il aime, il se passionne aussi pour la photographie. Un matin, sa secrétaire lui remet une lettre anonyme, écrite en japonais. Commence alors un travail de mémoire qui conduit notre homme à interroger son propre passé : son enfance en Afrique du Nord, sa découverte du Japon, dans les années 70, son ascension sociale et professionnelle dans un pays qui le fascine. Il y a aussi les zones d'ombre, entre remords et souvenirs refoulés, d'où refait surface un amour de jeunesse, une Japonaise que le narrateur a rencontrée lors de son premier voyage. Et si l'énigmatique auteur des lettres, c'était elle ?"

En effet, l'auteure des lettres est bien Akane, l'éphémère premier amour du narrateur. Akane qui décide de lui écrire après avoir lu un article sur lui dans le journal nippon l'"Asahi".

Extrait

"Pour être franche, plus que vous-même, c'est l'harmonie du cadre et le souci du détail de cette photo qui m'ont attirée, bien que vous soyez très convaincant : un chef d'entreprise heureux et équilibré, fier de la société pour laquelle il travaille. J'ai toujours pensé qu'un homme devait être fier de son entreprise, comme c'était le cas autrefois au Japon. Aujourd'hui, les jeunes Japonais ne sont plus fiers de la société qui les emploie. Ils ne mettent plus le badge au revers de leur veston. Mais peut-être les entreprises ne méritent-elles plus qu'on les respecte.
Je me suis dit en regardant cette photo qu'il faudrait un jour, si je monte à Tokyo, que j'aille voir cet immeuble, si bien situé au coeur de Ginza, bien que je n'aie pour le luxe français pas d'argent à consacrer. Une réalisation architecturale de cette facture doit émouvoir même une femme sans culture comme moi.
En page intérieure, j'ai trouvé la seconde photo si différente de la première. On pourrait se demander si le personnage est le même, tant il est difficile de vous reconnaître. N'étaient ce vos lunettes rondes cerclées de métal à la Lennon et votre nom sous la photo, on pourrait croire que le journal s'est trompé de cliché ...
On se demande comment il peut y avoir tant de contraste sur un même visage !
Vous êtes serein, alors que sur l'autre photo vous apparaissez tendu, bien que souriant. Sur la première photo, vous offrez le visage de quelqu'un qui a les pieds sur terre, qui ne laisse pas de place au rêve, à la mélancolie, alors qu'on retrouve dans votre regard sur la seconde photo une absence, presque de la tristesse.
Sur la première photo, vous êtes tranchant, énergique, on sent sous l'amabilité de la dureté, de la détermination. Vous êtes heureux ; plus exactement, vous semblez content de vous. On n'a pas envie de vous aimer.
Sur la seconde photo, rien de cela. Vous vous êtes retiré au plus profond de vous, une rivière enfouie sous les sables d'un désert. Votre regard semble traduire une profonde culpabilité, comme si vous aviez commis une faute dont vous ne vous souvenez peut-être pas. Votre corps est dans une posture semblable à celle de la première photo, mais, curieusement, ici vous semblez recroquevillé, en attente d'un châtiment. Ces ondes sont si étranges dans ce cadre qu'on devine paisible et empreint de sérénité !
Vous êtes transfiguré. Comme si vous aviez changé de masque. Cela en est presque effrayant, ces deux mondes opposés en un même homme, sous une même peau le conflit de deux personnalités !
Je me demande si vous avez apprécié que le journal retienne ce second cliché qui dévoile en vous la fragilité, le doute, si brutalement opposé à l'autre, tellement plus commercial, plus vendeur, plus flatteur ! Ou bien était-ce précisément ce que vous cherchiez ? Peut-être vouliez-vous dire au lecteur "Je ne suis pas ce que je parais."
Un trouble m'a saisie, un air de déjà-vu.
Alors, j'ai commencé la lecture de l'article."

"Ainsi se terminait, brutalement, la lettre, telle une falaise abrupte qu'on découvre au bout d'une longue marche sur un plateau.
J'ai cru un instant qu'il manquait des feuillets. Mais une formule de politesse banale, avec une date, trois jours plus tôt, et une signature parfaitement illisible barraient la fin du texte.
Saisi du malaise que la rédactrice de cette lettre semblait vouloir susciter, j'ai replié les feuillets et les ai glissés dans leur enveloppe, que j'ai rangée dans le seul tiroir de mon bureau toujours fermé à cléf, celui où je serre les classeurs des rémunérations et des entretiens d'appréciation de nos employés.
Je me suis retourné vers la grande baie vitrée derrière moi, qui donne sur l'enfilade de Ginza. Le nouveau panneau publicitaire de la bière Sapporo, cinquante mètres carrés de diodes électroluminescentes, remplissait le ciel d'une mousse virtuelle qui débordait d'un verre. La pomme sur l'immeuble de Macintosh, plus sobre, tournait sur son axe.
Puis je me suis levé, j'ai éteint ma lampe de bureau et je suis allé prendre mon train pour Kamakura."

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"Ce n'est pas une mauvaise chose, le passé. C'est la trace qu'on laisse derrière soi. Vivre, c'est fabriquer du passé ! C'est inévitable."

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