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Le Japon est entré depuis le 1er janvier 2009 dans la 21ème année de l'ère Heisei. L'ère Heisei a débuté en 1989 à la mort de l'empereur Hirohito et à l'accession au trône de son fils ainé, Hakihito.

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La légende shinto veut que le Japon soit né des amours de deux divinités, Inzanagi et Izanami. De leur fille, Amaterasu, descendrait en ligne directe la longue dynastie des empereurs japonais.

L'histoire, quant à elle, fait remonter la plus ancienne civilisation japonaise connue à l'ère Jomon (3.000 ans av.JC). Suivent l'ère Yayoi (300 ans av.JC) marquée par l'apparition de l'agriculture, de la poterie, du bronze, puis l'ère des Kofuns (300-552), gigantesques tombes où sont enterrés les chefs de guerre.

Aux sources de l'empire

Il faut attendre le début du VIIIème siècle pour assister à la création d'un véritable état japonais dont la première capitale, Nara, est construite sur le modèle des villes chinoises. C'est à cette époque que la puissante famille de Fujiwara commence à exercer sur la cour une influence qu'elle conservera pendant près de 1.000 ans. Au cours de ses premières années d'existence, connues sous le nom de l'ère Tempyo, la nation japonaise est déchirée par des luttes religieuses. En 794, l'empereur, tiraillé par les sectes, doit finalement quitter Nara pour Heian (l'actuelle Kyoto), dont il fait la nouvelle capitale.

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Le Todai-ji de Nara (juillet 2008)

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Le Byodo-in d'Uji qui fut la propriété de la famille Fujiwara (juillet 2008)

Jusqu'à la fin du XIIème siècle, deux familles, les Taira et les Minamoto, vont s'affronter, s'emparant tour à tour du pouvoir. Leur lutte se termine par une terrible bataille au cours de laquelle les Tairas sont définitivement vaincus.

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Combat de samouraïs - Hiroshige

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Le château d'Himeji (juillet 2006)

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Le château de Matsumoto (juillet 2008)

En 1192, le chef du clan Minamoto, le fameux Yoritomo, est nommé shogun (généralissime) et installe son quartier général à Kamakura. Commence alors une ère marquée à la fois par l'idéologie militaire et le bouddhisme zen (la forme la plus ascétique du bouddhisme). Elle dure jusqu'en 1333 et voit l'avènement d'une nouvelle caste, celle des samouraïs, qui impose sa domination sur tout le pays. Cette période, qui s'achève en 1582, est appelée ère Muromachi, du nom du quartier de Kyoto où le nouveau shogun, Ashikaga Takauji, installe son état-major. C'est une ère relativement agitée, au cours de laquelle les clans féodaux s'affrontent sans vraiment parvenir à se départager. Mais c'est aussi l'une des périodes les plus fécondes en matière d'art et de culture. Les pavillons d'Or et d'Argent sont édifiés à Kyoto et des arts raffinés comme la cérémonie du thé et les jardins font leur apparition.

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Le temple d'Or et le temple d'Argent à Kyoto (juillet 2006)

D'Edo à Tokyo

Jusqu'au XVIème siècle, rien ne prédestine Edo, un petit village fondé en 1457 par un seigneur de guerre nommé Ota Dokan, à devenir la capitale du Japon. Le pouvoir, incarné par le général Toyotomi Hideyoshi, semble en effet s'être définitivement fixé à Osaka d'où le kampaku, régent de majorité, peut surveiller les activités de la cour de Kyoto. Mais à la mort de Hideyoshi, en 1598, Tokugawa Ieyasu, son vassal de l'Est, s'auto-proclame shogun et décide de diriger le pays depuis son château d'Edo.

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Shogun, gravure sur bois au Chion-in (juillet 2007)

Le nouveau maître du Japon est conscient des risques qu'il prend en s'installant à 600 km de la capitale impériale. Aussi, afin de limiter les risques de rébellion, il instaure une loi (Sankin Kotao) obligeant tous les vassaux possédant un fief (daïmyo) à habiter une année sur deux à Edo. Il est entendu qu'ils doivent laisser en otage auprès du shogun leurs femmes et leurs enfants. Les frais de voyage et d'entretien de leurs familles demeurent entièrement à leur charge...

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Hiroshige -  extraits de 53 vues du Tokaïdo

Voyageant à bord de leurs palanquins, les daïmyo doivent "faire la route" accompagnés de toute une escorte de samouraïs. Le Tokaïdo, qui relie Edo à Kyoto, est de loin l'axe le plus emprunté par les seigneurs nomades. En quelques années de ce régime, Edo devient rapidement la ville la plus prospère du Japon. Accourant de tout le pays, samouraïs et commerçants se pressent à ses portes pour avoir leur part de cette nouvelle richesse. La société japonaise, très hiérarchisée, ne permet pas aux différentes castes de vivre dans les mêmes quartiers. Les samouraïs s'installent donc dans le ville haute (Yamanote) tandis que les commerçants et les artisans s'installent dans la ville basse (Shitamachi). Du "petit peuple d'Asakusa", selon l'expression de Robert Guillain, et non de l'aristocratie figée dans ses traditions, est né un nouveau type de japonais, l'edokko - ou enfant d'Edo - que l'on pourrait comparer au titi parisien.

Les Tokugawa et la politique d'isolement

Les Tokugawa, famille dont les générations se succèdent à Edo pendant plus de deux sièces, sont d'un extrême conservatisme. Leur méfiance à l'égard de tout ce qui vient de l'étranger les pousse à fermer le pays aux influences du monde extérieur. Une loi datant de 1614 interdit désormais aux japonais de sortir de l'archipel. Tout étranger surpris sur le territoire japonais est mis à mort. A partir de 1622, de nombreux missionnaires espagnols, portugais et hollandais seront ainsi exécutés sans préavis et les japonais qui avaient embrassé la religion chrétienne pourchassés et martyrisés. Commence alors une longue période - elle durera jusqu'en 1868 - d'autarcie totale, au cours de laquelle les japonais se forgent une identité nationale si forte qu'elle confine à la névrose collective.

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Eglise d'Oural (Nagasaki juillet 2008)

Un développement culturel fantastique

Paradoxalement, sur le plan culturel, la période Edo est l'une des plus riches de l'histoire du Japon. La montée de la classe marchande constitue l'une des clés de ce développement : pour dépenser leur fortune, les riches s'inventent sans cesse de nouveaux loisirs. Leur quartier de prédilection est Yoshiwara (le quartier réservé à la prostitution) où les geisha (littéralement "personne qui possède un art") dont le nombre se multiplie, procurent à leurs clients des plaisirs toujours raffinés. Les jolies femmes deviennent également des vedettes d'une nouvelle forme de théâtre, le Kabuki. Sa vitalité, ses décors extravagants et surtout sa puissance d'évocation érotique relèguent le nô au rang de vieillerie bonne "à mettre au rencart". Jugeant le kabuki dégradant, les autorités tentent d'en freiner l'essor en interdisant aux femmes de monter sur scène. Ce sont alors les travestis (onnagata) qui tiennent leurs rôles et, loin de dissuader les spectateurs, cet artifice donne au kabuki un nouveau départ. La vie de luxure des marchands d'Edo inspire les plus grands artistes qui concentrent tout leur talent à transcrire ce "monde flottant" (yukiyo). Les grands maîtres de l'estampe japonaise sont Hokusai, Hiroshige et Utamaro. Tirées à des milliers d'exemplaires, leurs oeuvres nous montrent une société qui se livre sans complexe aux plaisirs des arts et du sexe.

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Utamaro - La courtisane Takigawa

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Hiroshige - Lieux célèbres d'Edo "Les cerisiers en fleurs"

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Hokusai - Scène du quartier réservé de Yoshiwara

La restauration Meji

Malgré ce foisonnement culturel et alors que l'Europe et les Etats-Unis ont déjà accompli leur révolution industrielle, le Japon est, encore au milieu du XIXème siècle, un pays féodal dirigé par des militaires (les samouraïs) qui ont droit de vie et de mort sur le reste de la société. En juillet 1853, une escadre américaine, commandée par l'amiral Perry, pénètre dans la baie de Tokyo.

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Bataille navale (Nagasaki, juillet 2008)

L'officier propose au gouvernement japonais de signer un traité autorisant les Etats-Unis à commercer avec l'archipel. Perplexe devant les canons américains, le shogun, pour la première fois en six siècles de pouvoir militaire, consulte l'empereur sur ce qu'il convient de faire. Sans hésiter, celui-ci lui répond qu'il faut expulser les "barbares du Sud" (nanban) sans rien leur accorder. Malheureusement, le généralissime n'a pas les moyens militaires de repousser les américains et se trouve contraint de signer l'accord proposé. En désobéissant à l'empereur, considéré par les japonais comme un dieu vivant, Togukawa a perdu la confiance du peuple. Très vite, il doit démissionner pour permettre la restauration triomphale du pouvoir impérial. Le jeune Mutsuhito, plus connu sous le nom d'empereur Meji, se retrouve à quinze ans à la tête du pays. L'une de ses premières décisions est de transporter sa cour à Edo, rebaptisée Tokyo ("capitale de l'Est") en 1869. Ainsi, par une ironie du sort, c'est sous l'égide de l'empereur - la plus ancienne tradition japonaise - que le pays va brutalement basculer dans le monde moderne. Dès lors, l'harmonie entre tradition et progrès devient l'un des traits dominants de la vie nippone.

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L'empereur Hirohito

Du Japon impérial au Japon impérialiste

A la mort de l'empereur Meji, en 1912, son fils aimé, Yoshihito, monte sur le trône mais il est incapable de gouverner et c'est le fils de ce dernier, le jeune Hirohito, qui assure la régence pendant toute l'ère Taisho (1912 - 1926). Commence alors une période marquée par une montée du militarisme comparable à celle qui se produit, au même moment, en Allemagne. En fait, dès la fin de l'ère Meiji, le Japon cherche à se protéger des Occidentaux en créant des zones tampons en Mandchourie, en Corée et à Taiwan qu'il occupe plus ou moins depuis les guerres shino-japonaises (1894-1895) et russo-japonaise (1904-1905).

En 1910, dans l'indifférence générale, le Japon annexe la Corée. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, le Japon allié de l'Angleterre, déclare la guerre à l'Allemagne. Au cours des années 1920-1930, les militaires prennent finalement le contrôle du pays, l'entraînant dans une politique expansionniste sans précédent. En 1937, l'armée impériale lance une attaque contre la Mandchourie où elle commet tous les excès. L'idéologie ultra-nationaliste des militaires japonais s'accorde à merveille avec celle des nazis. En 1940, un pacte est signé entre le Japon, l'Italie et l'Allemagne. L'année suivante, les japonais décident d'envahir l'Indochine. Les Etats-Unis ripostent par un embargo sur le pétrole. La contre-riposte est foudroyante : le 7 décembre 1941, les japonais lancent une attaque surprise sur la base américaine de Pearl Harbor, anéantissant totalement la flotte américaine du Pacifique. Les japonais avancent dès lors sur tous les fronts, s'appropriant Singapour, les Indes néerlandaises, les Philippines et même la Birmanie. Mais l'Amérique finit par réagir et, dès 1944, entreprend des raids aériens contre les villes japonaises. Pourtant, malgré les bombardements répétés, l'état-major nippon refuse de céder. Le président TRUMAN décide alors d'utiliser l'arme nucléaire pour mettre un terme définitif à la guerre. Le 6 août 1945, une première bombe est lâchée sur Hiroshima, suivie, trois jours plus tard, par une autre lancée sur Nagasaki. Acculés, les japonais finissent par admettre la défaite et l'empereur lui-même, dans un message radio-diffusé, appelle ses concitoyens à "endurer l'insupportable". Le 2 septembre 1945, une reddition sans condition est signée à bord du cuirassé Missouri avec le général MacArthur.

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Photo prise après la déflagration de la bombe atomique (Nagasaki, parc de la Paix, juillet 2008)

Un redressement économique spectaculaire

En grande partie détruit, le Japon n'a pas d'autre choix que d'accepter l'occupation américaine. Le général MacArthur, qui a à coeur de reconstruire le pays sur des bases neuves et démocratiques, fera tout pour s'attirer la sympathie des ennemis d'hier. Connaissant l'attachement des Japonais à l'institution impériale, les Américains décident de ne pas juger Hirohito et, même, de lui laisser son trône à condition qu'il renonce publiquement à son statut de dieu vivant - ce qu'il fera le 1erjanvier 1946. L'occupation américaine prend fin officiellement en 1952 après la signature d'un traité de paix, le 8 septembre 1951 à San Francisco. Mais la guerre de Corée, qui débute le 25 juin 1950, incite les Américains à se servir du Japon comme base arrière et à relancer la machine économique nippone. En quelques années, grâce aux commandes américaines et à une impressionnante capacité de travail, le Japon va opérer un redressement des plus spectaculaire, devenant, au début des années 1960, le pays le plus productif d'Asie. Dès lors, l'économie japonaise ne connaît plus de frein. Une fois la guerre de Corée terminée, les industriels nippons se tournent vers d'autres secteurs comme l'automobile, la photo et la radio. Avec un seul mot d'ordre : exporter. Le pays devient au cours des années 1980 la deuxième puissance économique du monde, talonnant les Etats-Unis. Mais il doit faire face aux critiques de ses partenaires occidentaux qui l'accusent d'envahir le monde avec ses produits tout en maintenant son marché hermétiquement fermé. Son succès économique, le Japon le doit pourtant avant tout aux sacrifices consentis par une population travailleuse, qui a su patienter avant de recueillir le fruit de ses efforts. C'est avec respect qu'on parle, jusqu'au début des années 1990, du "modèle japonais".

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L'empereur Hakihito

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