Sept ans de réflection : Japon 2006 / 2
Le jour se lève très tôt au Japon - moi aussi - ce qui me permet d'effectuer une visite très matinale dans le parc du Senso-ji qui se trouve à deux pas du ryokan. Aucune trace des agapes et festivités de la veille : plus de structures, aucun détritus. L'extrême propreté des lieux publics se remarque immédiatement au Japon.
Aucune trace non plus des SDF qui ont passé la nuit sur des cartons dans la galerie marchande d'Asakusa : beaucoup de personnes très âgées - enfin qui semblent très âgées - qui survivent en marge de la société et ne pratiquent pas la mendicité. Au Japon seuls les moines sont autorisés à mendier. Ce qui ne m'empêchera pas de leur faire très discrètement quelques offrandes : un peu d'argent et de nourriture.
Toujours dans la galerie marchande d'Asakusa, une autre singularité japonaise : la reproduction en plastique des plats, aussi vrais que nature. Cela facilite le choix du restaurant et du menu lorsqu'on ne connaît pas suffisamment la cuisine japonaise.
Là, je fais le trajet au pas de course ! Après un petit-déjeuner à l'occidentale - je n'étais pas encore apte à ingurgiter un petit déjeuner typiquement japonais - direction Shinjuku, Shibuya et Ginza.
Voila un exemple de petit déjeuner japonais ; si ça vous parle ...
Se déplacer à Tokyo est relativement facile, il suffit de repérer la couleur des lignes et de comprendre le fonctionnement des distributeurs de tickets de métro et autre Yamanote. Là encore, pas de problème : si on vous sent dans l'embarras, il y a toujours quelqu'un prêt à vous aider. Une fois qu'on a compris le système, c'est vraiment très aisé, et si par hasard on a fait une erreur sur le montant du ticket, il y a des "fare adjustment" à chaque sortie. Il suffit de payer la somme manquante et la machine fournit un ticket complémentaire pour passer le portique en "toute légalité" ;)
La visite de Shinjuku sera très brève : c'est un quartier auquel il faut consacrer au moins une journée et surtout y rester en soirée. Mais ne sachant pas encore très bien m'orienter dans la ville, je choisis de ne pas trop m'éloigner des abords du métro.
Shibuya et la fameuse statue de Hachiko : un excellent repère, juste en face du célèbre carrefour, pas très fréquenté à cette heure.
Le "chic" français s'exporte bien ;) Enfin, là c'est un love hôtel et un hôtel capsule : lieux propices aux etreintes furtives et improbables cellules de dégrisement à l'occasion de soirées trop arrosées.
Déjà la queue devant le pachinko, alors que d'autres vacquent à leurs occupations. L'industrie du pachinko a l'air très rentable ; enfin, je ne parle pas des joueurs ....
Le vélo est un moyen de déplacement très courant dans les rues de Tokyo, enfin, sur les trottoirs, plutôt ;) Quand on est un simple piéton, il est important d'apprendre à slalomer entre les vélos qui déboulent sur vous à toute allure ...
Je découvre les douceurs japonaises (pas que ...) au sous-sol d'un grand magasin, le raffinement de la présentation, les yokan et les divins wagashi. Encore une particularité japonaise.
Enfin, Ginza, l'un des quartiers les plus huppés de Tokyo : larges avenues, voitures, boutiques et restaurants de luxe et un magasin incontournable, Ito-Ya, spécialisé notamment dans le papier japonais, le washi : neuf étages, me semble-t-il, où j'ai passé des heures à choisir des petits carnets aux dessins et à la calligraphie délicates, des sets de papier à lettres, du papier à origami, des crayons, des cartes, etc. de quoi ramener de beaux o-miyage (cadeaux) en France.
Déjeuner à Ginza, au restaurant Kondo - Sakaguchi building : tempura chazuke (beignets de crevettes servis sur du riz arosé de thé vert). Un repas relativement frugal ...
A la fin de ces journées harassantes, on apprécie les bienfaits du bain commun où l'on peut se prélasser avant d'aller dîner et même se coucher sans dîner car le bain à 40° ça vous coupe les jambes et, associé à la fatigue, l'appétit ;) A Tokyo il y a des sento dans les ryokans, dans certains hôtels, mais il existe aussi des sento de quartier : c'est le cas notamment à Asakusa, Ueno, Azabu juban, Ibebukuro, etc.
Est-ce une belle ville ?
J'ai débarqué, consigné mon bagage à "Tokyo Central" et suis parti au hasard dans cette ville interminable, une brosse à dents dans la poche. C'était un bonheur de marcher dans ces longues avenues rafraîchies par le vent en regardant les visages. Toutes les femmes avaient l'air lavées, tous les passants semblaient s'acheminer vers une destination précise, tous les travailleurs travaillaient et où l'on trouvait partout des boutiques minuscules qui offraient pour quelques yens un café fort et bon : petits miracles auxquels, après deux ans d'Asie, j'avais cessé de croire.
Cet après-midi-là j'ai bien marché vingt kilomètres au hasard dans la ville. L'air était délicieux. J'ai visité au passage une exposition de photos japonaises d'un goût si exigeant que rien n'y bougeait plus. J'ai regardé les voitures de pompiers passer à toute allure dans des tourbillons de feuilles mortes. Leurs cloches de bronze sonnant à la volée, l'air d'aller à la fête avec leurs grappes de petits hommes noir et rouge accrochés aux échelles, coiffés de casques à protège-nuque comme les guerriers de Gengis Khan. Je me suis reposé les pieds dans une église russe en écoutant des choeurs assez nombreux et véhéments pour absoudre la ville entière. Ces avenues sans plan, ces entrepôts, ces librairies noires de monde, cette marée de jardinets, de maisonnettes inégales qui venait battre contre un canal croupi, contre un bloc d'immeubles ultramodernes, contre le ballast d'une voie ferrée ... après huit heures de promenade, je me demandais encore si cela faisait une belle ville, ou même une ville tout court. Puis le soleil est descendu en se gonflant dans un ciel orange, dessinant en silhouette la ligne incongrue des toits, la folle écriture des antennes, des fils électriques et des ballons publicitaires contre un horizon qui virait au rouge, puis la pluie multicolore des néons. J'ai cessé de me poser des questions.
Extrait de "Chronique japonaise" (1989)
Nicolas BOUVIER
Photos à Tokyo, juillet 2006
Sept ans de réflection : Japon 2006 / 1

Juillet 2006 : premiers pas sur le sol nippon. Je n'aurais jamais cru, sept ans et huit séjours plus tard, que cette passion naissante serait toujours aussi intacte aujourd'hui !
Premier voyage donc où, sans présumer de la suite, j'organisais l'itinéraire suivant :
Tokyo
Nikko
Miyajima
Himeji
Kyoto
Tokyo
Douze jours, Japan Rail Pass et Lonely Planet en poche, pour visiter l'archipel ; douze jours c'est très court, il faut faire des choix, essayer de ne pas passer à côté de l'essentiel (du moins de ce que l'on considère comme essentiel) car rien n'indique qu'on y reviendra.
Premier contact avec Tokyo : le quartier d'Asakusa où je logeais, au ryokan Shigetsu (lien vers le site du ryokan). Chambres "à la japonaise", tatamis, futon, shoji et bain commun avec vue sur la Saksa, la pagode du Senso-ji. Total dépaysement quand on sait que finalement, quel que soit l'endroit du monde où on se trouve, toutes les chambres à l'occidentales finissent par se ressembler.
A Asakusa, ce week-end de juillet 2006 c'était l'Hozuki-ichi festival (festival et marché aux physalis). Certes, je savais que le quartier d'Asakusa se trouvait à "Shitamachi", la ville basse dans l'ancien Tokyo (quartier très populaire), mais je n'imaginais pas me retrouver, à peine descendue de l'avion, dans une ambiance si désuette : couples en yukata, jeux de fête foraine à l'ancienne, innombrables échoppes ambulantes (yataï) dans l'enceinte du temple, comme dans les matsuri que je découvrirais plus tard ...
"Vous comptez vous rendre au Japon ?"
Derrière ses lunettes rondes à monture d'écaille, le petit homme rondouillard, boudiné dans un costume trop serré, me regardait d'un air dubitatif. Je venais de pousser la porte du bureau du tourisme japonais, le JTB, sur les Champs-Elysées, à quelques dizaines de mètres de la JAL.
Plus tôt dans la matinée, j'étais allé voir le directeur pour la France de la compagnie aérienne japonaise, un ami de mon père qui avait accepté de me rencontrer pour me parler de son pays natal. Dès qu'on passait le seuil de l'agence, on avait l'impression d'entrer de plain-pied au Japon. Des parois de papier quadrillées de bois encadraient le comptoir où les clients s'asseyaient pour acheter leur billet.
Une jeune femme était assise derrière le bureau. Elle portait un kimono. C'était le première fois que je voyais une Japonaise en chair et en os. Je la trouvais ravissante avec ses cheveux très noirs relevés en chignon sur une nuque délicate. Sa peau était claire, presque translucide. Ses yeux me fascinèrent : deux amandes parfaites. Dans la vitrine, à côté de la maquette du tout nouveau Boeing 747 à l'empennage flanqué d'une grue stylisée prenant son envol et aux ailes empastillées d'un rond de ce rouge orangé qu'on retrouve sur le drapeau japonais, était posée une pagode à cinq niveaux en bois doré avec un toit en vraies tuiles vernissées miniatures. A peine audible, une musique mélodieuse enveloppait l'athmosphère d'un charme indéfinissable. L'ami de mon père me dit que c'était du koto, "une sorte de harpe dont onjoue à plat, agenouillé sur une natte de paille qu'on appelle un tatami."
"Viens voir !" ajouta-t-il en m'entraînant vers une des parois de papier qu'il fit coulisser, me faisant entrer dans une petite pièce à tatamis.
Cela sentait un peu la poussière de foin sec, l'odeur n'était pas désagréable. Il reprit :
"Nous recevons ici les clients japonais importants qui ont besoin d'assistance. Ils sont souvent un peu désorientés dans cette ville toute de pierre. Ils retrouvent instantanément leurs marques quand ils s'accroupissent sur la natte ! Les couleurs neutres, les proportions toujours indentiques, les matérieuax souples, le relâchement qui s'opère lorsqu'on s'assoit par terre ... Ici, ils se sentent en sécurité."
Il me donna quelques conseils et une pile de dépliants sur Tokyo, Kyoto et d'autres hauts lieux du tourisme et me recommanda d'aller voir ses voisins du JTB. Quand je repassai devant elle, l'hôtesse était en conversation avec un client japonais. C'était doux et chantant, pas comme cette crécelle du vietnamien que nous entendions dans le petit restaurant de quartier où nous allions souvent. Elle me salua sans arrêter de parler à son interlocuteur d'une brève inclination de la tête que je trouvai poétique et gracieuse.
Le Japonais du JTB était beaucoup moins séduisant. Ses cheveux étaient plantés droit sur son crâne, telles des épines de porc épic, sa peau était grisâtre et terne, son sourire figé, qui lui donnait un air niais, laissait voir des dent plantées au hasard. Ses yeux clignaient à toute vitesse derrière les hublots épais de ses lunettes quand il répéta :
"Vous voulez vraiement aller au Japon ?"
En insistant sur le vraiment, il écorcha le r en une sorte de l mouillé. Si son français était impécable, il n'en maîtrisait pas la prononciation.
Visiblement, je ne correspondait pas au profil de ces hommes d'affaires en cravatte que j'avais brièvement entr'aperçus au comptoir de la JAL.
"Savez-vous que c'est très loin et très cher ?" enchaina-t-il sur un ton où je crus discerner du mépris.
Je lui répondis avec la même morgue :
"N'exagérons rien ! Dix-sept heures de vol avec une escale, ce n'est tout de même pas le Brésil, où j'avais initialement prévu de me rendre !"
Il parut un instant désarçonné puis reprit :
"Mais qu'allez-vous y faire ?"
"Monsieur, je veux connaître votre culture ! Je souhaiterais m'y plonger totalement, et je vous prie de m'indiquer l'organisme de votre pays qui pourra me permettre d'effectuer un séjour en homestay."
J'avais quelques années plus tôt expérimenté ce système qui permettait aux étudiants une immersion dans une famille d'accueil.
Mon interlocuteur semblait continuer à me mépriser. Mon agressivité ne le prit pas au dépourvu : les Français, il connaissait.
"Les Japonais, jeune homme, n'ont pas l'habitude des étrangers !"
Extrait de LA TRACE de Richard COLLASSE (1972, Paris)
Les personnes qui me suivent depuis 2006 sur mon premier blog "Asiemutée" (laissé à l'abandon, mais j'y parle encore un peu de mes autres voyages, de l'Inde notamment) reconnaîtront sans doute ces photos.
Certes, je ne manque pas de "nouveautés", mais j'ai décidé de remonter un peu aux sources de ma passion nippone (magie du net ...), avec un peu de nostalgie sans doute, mais aussi pour donner des idées d'itinéraires, de bonnes adresses, de m'en tenir à l'aspect plus touristique de mes voyages. Je sais, pour être souvent contactée par mail à ce sujet, que le côté pratique intéresse bon nombre de visiteurs de ce blog.
Photos à Tokyo, Asakusa, juillet 2006
La voie des fleurs : bonsaï d'azalées au parc Ueno ...
"Saluons celui qui cultive les plantes. L'homme au pot de fleurs est bien plus humain que l'homme au sécateur. Nous le voyons - avec quel délice - s'inquiéter de la pluie et du beau temps, se battre contre les parasites, s'affoler à la moindre gelée, s'angoisser quand les bourgeons tardent à paraître, se réjouir, enfin, à la frondaison. En Orient, l'art de la floriculture est des plus anciens, et nombre de contes et de chansons célèbrent les amours du poète et de sa plante favorite. Sous les dynasties Tang et Song, les céramistes créèrent pour les plantes de merveilleux récipients ; non point des pots, mais d'authentiques palais de pierres précieuses. A chaque fleur était attaché un domestique particulier, qui avait la charge de veiller sur elles et de laver ses feuilles avec une fine brosse en poils de lapin.
Au Japon, l'une des danses de nô les plus populaires, le Hachinoki, composée sour les Ashikaga, raconte l'histoire d'un guerrier ruiné qui, par une nuit glacée, manquant de bois pour son feu, coupe ses plantes chéries pour recevoir un moine errant. Aujourd'hui encore, cette pièce ne manque jamais d'arracher des larmes au public tôkyôïte."
Kakuzô Okakura
Le Livre du thé
Un ancien post sur le bonsaïdo (l'art du bonsaï) : ICI
Satsuki azaleas bonsai exhibition - parc Ueno (Tokyo) mai 2010
Eikan-do : le temple dans un bosquet calme ...
Eikan-do, connu également sous le nom de temple Zenrin-ji, littéralement "le temple dans un bosquet calme", était à l'origine une villa appartenant à un membre de la noblesse de l'époque Heian qui en fit don à un prêtre. Niché au pied d'une colline au sud du chemin de la Philosophie, tout prêt du Nanzen-ji, l'Eikan-do est réputé pour ses jardins dont la beauté est à son apogée à l'automne.
Ce n'était pas à l'automne mais l'été dernier que j'ai visité le temple dans un bosquet calme : une très belle halte de verdure, propice à la contemplation, au repos et à la sérénité ...
"Je m'assoupis
un nuage de canicule
sur les genoux"
Kobayasi Issa
Photos à Kyoto, juillet 2011
O tanjobi omedeto gozaimasu !
Nous sommes nées le même jour, le 6 mai, mais pas de la même année (pour le coup, c'est dommage pour moi ...)
Nous avons donc le même signe astrologique : le Taureau
Mais, dans le calendrier chinois, elle est Dragon, alors que moi je suis Cheval
Nous partageons le goût du Japon, de la simplicité et une certaine sensibilité
Bon anniversaire PASCALE !!!
Que cette journée soit belle, exceptionnelle et pleine de promesses !
" J'aime ma vie
comme j'aime
les roses "
Midorijo Abé
Haïjins japonaises
"Du rouge aux lèvres"
Mes photos :
Vue du Fuji-san : mai 2010
Ema à Kyoto : octobre 2009
Un jardin à Kyoto : juillet 2011
Roses à Naka-Meguro (Tokyo) : mai 2010
1Q84 / Livre 3 / 3 / Tengo ...
Toutes les bêtes sauvages portaient des habits ( p. 46/47 )
Tengo ne savait pas si son père percevait sa voix. Quand il observait son visage, il ne constatait pas la moindre réaction chez le pauvre vieillard amaigri, les yeux clos, qui restait endormi, absolument immobile. Tengo ne l'entendait même pas respirer. Certes, il respirait, mais on ne pouvait en être certain qu'en approchant l'oreille, ou à l'aide d'un miroir qui s'embuait. Le goutte-à-goutte pénétrait son organisme, le cathéter faisait ressortir d'infimes déjections. C'était uniquement ce lent et paisible va-et-vient qui indiquait que l'homme était encore vivant. De loin en loin, une infirmière le rasait à l'aide d'un rasoir électrique et coupait les poils blancs qui lui sortaient du nez ou des oreilles avec de petits ciseaux à bouts ronds. Elle lui égalisait aussi les sourcils. Son système pileux continuait de fonctionner, en dépit de son coma. Quand il voyait son père, Tengo sentait peu à peu se brouiller la différence entre les vivants et les morts. Y avait-il une véritable différence ? pensait-il. Ne serait-ce pas par commodité que nous posons l'existence de cette différence ?
Vers trois heures, c'était la visite du médecin, qui lui faisait un compte-rendu sur l'état du malade. Un rapport très bref, dont les grandes lignes restaient les mêmes. Il n'y a pas de changement. Le viel homme est toujours plongé dans un sommeil profond. Ses forces vitales diminuent peu à peu. Autrement dit, il se rapproche de la mort, lentement mais sûrement. Nous ne pouvons rien faire. Laissons-le dormir tranquillement. Voilà tout ce que pouvait dire le médecin.
A l'approche du soir, deux infirmiers faisaient leur apparition. Ils transportaient le père dans la salle d'examens pour procéder à diverses analyses. Ce n'étaient pas toujours les mêmes hommes mais ils étaient invariablement muets. Peut-être parce qu'ils portaient un large masque. En tous cas, ils ne disaient pas un mot. L'un d'entre eux semblait être un étranger. Il était petit, avait le teint bistre, et à travers son masque, il lui adressait toujours un petit sourire. Tengo voyait son sourire dans les yeux. En retour, il inclinait la tête et souriait lui aussi.
Une demi-heure ou une heure plus tard, le père était ramené dans sa chambre. Tengo ignorait quelle sorte d'examens il avait subis. Lorsqu'on l'emmenait, il descendait à la salle à manger, buvait du thé vert et attendait environ un quart d'heure avant de retourner dans la chambre. Dans le creux du lit, la chrysalide de l'air n'apparaîtrait-elle pas une deuxième fois ? Aomamé, sous la forme d'une petite fille, ne serait-elle pas couchée à l'intérieur ? Tengo gardait toujours cet espoir. Mais quand il se retrouvait dans le clair-obscur de la chambre ne subsistaient que l'odeur du malade et, dans le lit vide, l'empreinte que son père y avait laissée.
Extrait de 1Q84 Livre 3 Octobre-Décembre
Haruki MURAKAMI
Traduit du japonais par Hélène MORITA
Je profite de ce long week-end pour me plonger dans le Livre 3, reçu dès sa sortie, mais laissé volontairement de côté pour mieux le savourer, comme si c'était le dernier ... même si j'espère, comme beaucoup, qu'il y aura une suite, un Livre 4, ce que H. Murakami n'a, semble-t-il, pas exclu ...
Au début du dernier volet de cette trilogie, on retrouve Tengo là où on l'avait laissé dans le dernier chapitre du Livre 2 : auprès de son père mourant, dans cette chambre d'hôpital où lui est apparue la chrysalide de l'air ...
Photos Inde du sud, Etat du Kerala, lac Periyar, janvier 2011
Divin tofu ...
Avant je n'aimais pas le tofu ; mais ça c'était avant ...
Il faut reconnaître que le tofu que l'on trouvait il y a une dizaine d'années dans les rayons des magasins bio n'était pas vraiment génial. Ce qui n'est plus le cas aujourd'hui car la saveur a été affinée et le choix bien diversifié, et on trouve chez nous d'excellents tofus made in France, mais aussi vietnamiens et japonais (entre autres).
J'ai mangé des plats à base de tofu en Thaïlande, en Chine, au Vietnam et bien sûr au Japon, le meilleur à mon goût : on le déguste dans un grand nombre de restaurants, notamment les restaurants shojin ryori. Le shojin ryori est la cuisine végétarienne créée par les moines bouddhistes zen ; elle privilégie les aliments richement protéinés, tels que le tofu, plutôt que la viande et le poisson.
D'origine chinoise, le tofu est arrivé au Japon vers le VIIème siècle. C'est un ingrédient incontournable de la cuisine japonaise et il existe à Kyoto, comme ailleurs au Japon, des maîtres de tofu qui possèdent un puits dans leur boutique d'où ils tirent une eau très pure pour préparer l'immaculé tofu. Un peu comme les maîtres de thé ...
Le tofu préparé de façon traditionnelle par ces maîtres, et dont la qualité est remarquable, est servi dans les meilleurs restaurants végétariens de Kyoto, et notamment dans les restaurants shojin ryori du Daitoku-ji au nord de la ville et au Shigetsu à Arashiyama, dans l'enceinte du temple Tenryu-ji (je parle bien sûr de ceux que je connais). Mais aussi au fameux restaurant Okutan où j'ai déjeuné ce jour de juillet 2011.
Situé dans le jardin du Chôshô-in, juste à la sortie du temple Nanzen-ji, cet excellent restaurant est l'un des plus anciens et authentiques de Kyoto. Fondé il y a environ 350 ans en tant que restaurant végétarien pour les moines bouddhistes, il continue à servir des plats traditionnels à base de tofu, notamment le fameux yudofu.
Du gomatofu, tofu au sésame noir servi avec du wasabi et de la sauce soja légère
Dans le bol, de la soupe de tororo : de l'ignâme rapée d'une incroyable onctuosité
Des konnyaku, brochettes de tofu grillées enduites de pâte miso blanche avec une pointe de yuzu
Le fameux yodofu : de blancs morceaux de tofu cuits dans un léger bouillon d'algues
que l'on mange nappés de sauce soja chaude avec de fines tranches d'oignon vert et un mélange de sel, poivre et piment
Un tempura de légumes, très aérien, avec la fameuse feuille de shiso vert
Et comme le veut la tradition à la fin du repas au Japon "gochiso sama deshita !" formule de politesse signifiant "j'ai fait un bon repas!" ... oishiiii ;)
Photos à Kyoto, quartier du Nanzen-ji, le 9 juillet 2011
Tendance pinku* ...

Jolie cascade de roses roses chez Moto Yoshioka ...




et roses trémières dans les rues de Jyugaoka

" Ciel bleu
les fleurs
ne veulent que s'épanouir "
Nobuko Katsura
Extrait de "Du rouge aux lèvres"
Haïjïns japonaises
* Pinku signifie rose (la couleur) en japonais
Photos à Tokyo, mai 2010
Oktoberfest 2010 au parc Hibiya ...
Changement (radical ...) d'ambiance et retour à Tokyo en mai 2010 ...
juste envie de faire une petite pause après le déjeuner à Marunouchi ...
j'aurais pu me contenter de me poser là, la Naka dori était déserte et propice à la lecture ou à la somnolence ...
et pourquoi pas là, mais c'eut été trop difficile, et puis la place était prise ;) ...
ici, ça m'a semblé très sympa, mais juste le temps d'un café ...
sur cette place, pas question il y a Godzilla, même s'il est tout petit alors que je l'imaginais immense ...
j'optais donc pour le parc Hibiya et ses superbes massifs de roses.
Seulement voila, il y avait ça ... ;)
Juste une petite vidéo pour l'ambiance ...
Finalement, je me suis éclipsée ! J'ai le sens de la fête, mais à 3 h de l'après-midi, de plus avec une chaleur torride, je ne tiens pas la route ;)
Tokyo, mai 2010
Alone in Shikoku Mura ...

Au pied du plateau de Yashima, à quelques sations de Takamatsu, se trouve un musée en plein air où sont exposés des bâtiments traditionnels, maisons, entrepôts, ateliers, machines et objets usuels d'autrefois datant principalement des époques Edo et Meiji et provenant de toute l'île de Shikoku : Shikoku Mura.
Une visite agréable, tôt le matin ; le site ouvre à 9 h. J'y étais, je suis une lève tôt lorsque je voyage ... Cela ne m'a pas dérangée de ne pas croiser âme qui vive, à part les libellules ; j'aime ces improbables moments de solitude ...

Photos à Shikoku Mura, Takamatsu, île de Shikoku, juillet 2011


























































































































































































































































































