Sept ans de réflection : Japon 2006 / 6
Et puis, il y a eu Kyôto ...
Kyôto et son Pavillon d'Or, le Kinkaku-ji, sous la pluie encore, mais qu'importe, cela n'a altéré en rien mon émotion face à ce petit bijou d'architecture nippone, niché dans son écrin de verdure ...
C'est à l'époque Héian - où la retraite dans la montagne connaît un véritable engouement de la noblesse japonaise - que le Shôgun Ashikaya Yoshimitsu fit construire le Kinkaku-ji, temple en partie recouvert de feuilles d'or.

Mes photos ne sont pas très réussies, mais c'est toujours avec nostalgie que je contemple le pavillon et son reflet dans le Kuoko-chi, le petit lac miroir qui le précède.
Le Kinkaku-ji a été incendié volontairement par un moine en 1950. Cet évènement dramatique a inspiré à Mishima son roman "Le Pavillon d'Or", récit où la passion d'un jeune moine pour ce magnifique bâtiment le mènera inexorablement vers une folie destructrice et meurtière ... Heureusement, le pavillon, Trésor National Nippon et classé au Patrimoine Mondial de l'UNESCO, a été reconstruit à l'identique.
"Le Pavillon d'Or, que je revoyais après plusieurs mois, reposait sereinement dans la lumière de l'été finissant.
J'avais le crâne tout frais rasé de mon entrée en sacerdoce et j'éprouvais la sensation que l'air collait étroitement à ma tête - la périlleuse sensation que toutes les idées nichées dans ma cervelle entraient en contact avec les phénomènes extérieurs par cette seule et mince épaisseur de peau, hypersensible et si vulnérable !
Quand je levais la tête vers le Pavillon d'Or, ce n'est pas seulement par les yeux qu'il pénétrait en moi, mais aussi, semblait-il, par le crâne. De la même façon qu'en plein soleil ce crâne devenait brûlant, ou était instantanément rafraîchi par la brise du soir.
Pavillon d'Or ! Je suis enfin venu près de toi ! murmurais-je en moi-même, m'interrompant de balayer l'allée. Je ne dis pas tout de suite, mais un jour, fais-moi un signe d'amitié, je t'en prie ; révèle-moi ton secret. Ta beauté, il ne tient qu'à un seul fil qu'elle ne m'apparaisse, je le sens, et pourtant elle m'échappe encore.
Plus que celui dont je garde en moi l'image, c'est le vrai Pavillon d'Or que je te prie de me laisser découvrir dans toute sa beauté. S'il est vrai que sur terre rien ne peut t'être comparé, dis-moi pourquoi tu es si beau, pourquoi tu ne peux faire autrement que de l'être."
Outre la pluie que l'on voit tomber sur le toit de chaume - enfin plutôt de mousse - de la petite maison de thé, l'eau est omniprésente en ces lieux : le petit lac miroir, les étangs, les cascades ...
C'est certes un endroit très touristique, le plus célèbre de Kyôto peut-être, mais il faut savoir faire abstraction ou se déjouer des visiteurs souvent très bruyants - et là, la pluie m'a beaucoup aidée ;) pour en apprécier la beauté en toute sérénité. Il pleuvait trop pour s'installer dans la petite maison de thé, mais on y a une vue d'ensemble grandiose ...
Bien qu'étant déjà à la moitié de ce premier voyage, et malgré les remarquables lieux et monuments déjà visités, je ne crois pas me faire parjure en disant que c'est là, à Kyôto, que les choses sérieuses ont commencé entre le Japon et moi : une relation durable et passionnée, si ce n'est passionnelle ... je vous laisse juges ;)
Photos à Kyoto, Kinkaku-ji, juillet 2006
Sept ans de réflection : Japon 2006 / 5
A l'Himeji-jo, voila que je polémique ...
A Himeji, c'est sous des trombes d'eau que je découvre le célèbre Himeji-jo, appelé aussi "Hakuro-jo", littéralement "château du Héron blanc".
Et quand je parle de trombes d'eau, je n'exagère pas, je vous laisse juger par vous-même ...
Cet imposant édifice, qui a été miraculeusement épargné par les bombardements qui ont ravagé la ville à la fin de la seconde guerre mondiale, surplombe majestueusement la ville. Une demi-journée suffit pour visiter cette authentique structure médiévale à laquelle on accède facilement, à pieds, depuis la gare d'Himeji.
Quelques détails sur l'architecture très stratégique du château
A l'origine, vers 1300, le château d'Himeji était une petite forteresse, entièrement reconstruit et considérablement agrandi en 1608 par le daimyô Ikeda Terumasa.
Le donjon principal est flanqué de trois autres tours, plus petites, reliées entre elles par un chemin de ronde fortifié.
Chacun des bâtiments a un faîtage triangulaire. Le blanc pur des murs est constitué d'un mélange de chaux et de poudre de coquillages qui servait de revêtement ignifuge (la structure du bâtiment est en bois).
Les fenêtres ont des formes différentes selon leur fonction : rectangulaires pour tirer à l'arc, triangulaires pour utiliser les armes à feu. Les toits étaient reliés les uns aux autres pour offrir une possibilit supplémentaire de fuir en cas d'attaque.
Pour le corps du bâtiment principal, les toits ont des formes différentes à chaque niveau : un toit linéaire et continu au premier niveau ; un toit au prfil ondulé au deuxième niveau ; deux frontons avec lucarnes au troisième niveau ; un seul fronton au quatrième niveau ; enfin un toit au profil ondulé au cinquième niveau.
L'Himeji-jo apparaît souvent à la télévision japonaise (pour la météo ou les infos il me semble ...) mais aussi dans de nombreux films, notamment "Ran" et "Kagemusha", deux célèbres films épiques de Akira Kurosawa, mais aussi dans un James Bond, "On ne vit que deux fois".
Ce château est également mentionné dans le roman de Eiji Yoshikawa "La pierre et le sabre", dont le héros, Miyamoto Musashi - célèbre samouraï considéré comme un des grands Maîtres de la tradition du bushidô (la Voie des guerriers) - a pris part, alors qu'il était adolescent, à la fameuse bataille de Sekigahara. C'est à cette période, vers 1600, que se déroule le début du récit. Et c'est précisemment à l'issue de cette bataille que le Shogun Ieyasu Tokugawa, dictateur militaire du Japon, a accordé le château à son gendre, Ikeda Terumasa.
"Le château de Himeji apparaissait devant ses yeux. Il comprenait maintenant pourquoi on le nommait "le Château de la Grue blanche" : ce majestueux édifice se dressait sur d'énormes remparts de pierre, comme un grand oiseau fier, descendu des cieux. Takuan précéda Takezô (il s'agit de Miyamoto Musashi) sur le vaste pont qui enjambait le fossé externe. Devant le portail de fer, une haie de gardes se tenait au port d'armes. Leurs lances qui étincelaient au soleil firent hésiter Takezô une fraction de seconde. Takuan, sans même se retourner, le sentit et, d'un geste légèrement impatient, lui enjoignit de poursuivre sa route. Ayant franchi la tourelle du portail, ils s'approchèrent de la deuxième porte où les soldats semblaient encore davantage sur le qui-vive, prêts au combat d'une seconde à l'autre. C'était le château d'un daimyô. Il faudrait à ses habitants quelques temps pour se détendre, pour admettre le fait que le pays se trouvait heureusement unifié. Pareil à maints autres châteaux de l'époque, il était loin de s'être habitué à ce luxe : la paix."
J'en profite pour vous conseiller vivement la lecture de "La pierre et le sabre" et de sa suite "La parfaite lumière" de Eiji Yoshikawa : une très agréable façon de découvrir le Japon médieval, notamment en suivant Miyamoto Musashi dans sa quête de la perfection, mais aussi d'obtenir un remarquable éclairage sur la finesse et les paradoxes de la culture et des traditions japonaises.
Le temps est devenu plus clément une fois la visite terminée. Visite un peu bâclée je l'avoue, car j'étais trempée jusqu'aux os, sans parler de mes affaires personnelles ... Dommage, car je n'ai sans doute pas apprécié à sa juste valeur ce magnifique château dont l'élégance m'a tout de suite interpellée. De plus, perché sur son rocher, on le dirait prêt à s'envoler ... et, c'est là que le bât blesse comme on dit, car j'ai un problème avec le nom donné à l'Himeji-jo : est-ce le "château du Héron blanc" ou celui de "la Grue blanche" ???
Jusqu'à présent, je m'en étais tenue au "château du Héron blanc" ; c'est ce qui est indiqué dans mes ouvrages sur le Japon (Hachette, National Géographic entre autres, sans parler des guides touristiques). Et hier soir, en feuilletant "La pierre et le sabre" pour retrouver ce petit extrait où il est question de l'Himeji-jo, voila que je découvre ce qui m'avait échappé lors de ma lecture : il y porte le nom de "château de la Grue blanche" !!!
Ce n'est peut-être qu'une erreur de la part du traducteur, mais il pourrait aussi porter les deux appellations selon les époques, ou alors, c'est une énorme erreur des guides touristiques et autres ouvrages ...
A vrai dire, cela n'a aucune importance pour moi, la vérité est sans doute ailleurs, mais j'ai tranché, sans aucune hésitation ni état d'âme pour le "château de la Grue blanche" ! Je n'ai rien contre le héron blanc, de plus j'aime bien les hérons et je l'ai souvent démontré sur ce blog ... mais ils ne peuvent en aucun cas rivaliser avec une grue blanche. Ce grand échassier est élancé, gracieux, élégant, et tellement plus symbolique pour le Japon, où il est l'emblème de la paix et de la longévité ...
Et vous, vers quelle dénomination tendez-vous ?
Pour le héron, tapez 1 - pour la grue, tapez 2 ;)
Photos à Himeji, juillet 2006
Sept ans de réflection : Japon 2006 / 4
Miyajima, l'île (qui m'a) enchantée
Depuis Tokyo, j'ai pris le Shinkansen jusqu'à Hiroshima, puis un petit train local jusqu'à Miyaguchi où se trouve l'embarcadère des ferries. Le trajet est très court, une petite dizaine de minutes, avant d'apercevoir, flottant sur ce bras de mer de Seto, le célèbre et majestueux torii de bois de camphrier vermillon qui marque l'entrée du sanctuaire d'Itsukujima.
Quand on voit la beauté des lieux, inutile de demander : pourquoi aller à Miyajima ?
Cette île sanctuaire est un des lieux les plus visités du Japon. Elle fait partie des trois perspectives les plus spectaculaires du Japon (Nihon Sankei) : les deux autres sont la Barre d'Amanohashidate et la baie de Matshushima. Je devrais plutôt dire étaient, car malheureusement la baie de Mastshushima, près de Sendaï, a été ravagée par le tsunami de mars 2011 et la catastrophe que l'on connaît ...
Une fois de plus, vous remarquerez qu'il y a peu de monde sur mes photos. J'ai tout simplement choisi d'arriver en fin d'après-midi, lorsque les hordes de touristes prennent le dernier ferry pour rejoindre la côte d'Hiroshima, de passer la nuit dans un ryokan, et de visiter le sanctuaire et une partie de l'île très tôt le matin.
Dès que l'on pose les pieds sur cette île sacrée, on est très familièrement accueillis par les cervidés - daims et biches - qui vivent là en toute tranquilité. Ils sont relativement sans gêne, n'hésitant pas à vous faire les poches et à fourrer le museau dans vos affaires personnelles ;)
Après le bain traditionnel, j'ai profité d'un agréable moment de détente sur le bord de mer en regardant le jour tomber sur l'île quasi déserte en attendant que la très charmante hôtesse du ryokan Kawaguchi prépare le dîner.
Je ne détaille pas les nombreux plats, je l'ai déjà fait par le passé. Je ne peux que vous indiquer que c'était absolument délicieux, mais aussi qu'une petite promenade nocturne s'imposait avant le coucher ...
Dans la quiètude du petit matin, visite de l'Itskujima-jinja, sanctuaire dédié à trois déesses de la Mer, filles du dieu shintoïste Susanoo, qui aurait été fondé en 593 et pris sa forme définitive en 1168, vers la fin de l'époque Heian. Cantonné d'élégants corridors couverts, le sanctuaire est réputé pour ses toits de chaume pentus et la couleur orange vif de sa charpente, remarquable exemple de l'architecture des sancturaires de l'époque Heian.
Sur la jetée, la plus ancienne scène de théâtre Nô du Japon
Longue promenade sur les hauteurs de l'île. Comme elle est sacrée, elle n'abrite ni cimetière, ni maternité, car il est interdit d'y accoucher ou d'y mourir. Enfin, ceux qui y meurent "par inadvertance" n'y sont pas enterrés. De même, nul n'est autorisé à y abattre des arbres et à pratiquer quelque culture que ce soit.
Déserte aussi, la rue principale qui abrite de nombreuses boutiques de souvenirs et des petits restaurants où l'on sert les spécialités locales : anguille et huîtres grillées.
J'ai testé les huîtres au déjeuner : j'avoue que je n'aime que les huîtres crues et petites en plus ... Pas très concluant, aussi je me suis rattrapée en dégustant les fameux momiji manju, des petits gâteaux en forme de feuille d'érable fourrés à l'anko (confiture de haricot rouge), encore une spécialité de l'île.
Quand je vous disais que les daims étaient sans gêne, quelque peu agressifs même ! N'est pas Bambi qui veut ;)
Il n'a pas réussi à lui piquer sa glace, mais quelle frayeur tout de même !
Ryokan Kawaguchi : une excellente adresse, pas très onéreuse car les ryokans sont hors de prix à Miyajima, et surtout un accueil et un repas délicieux ! Le lien est ICI
Photos à Miyajima, côte de Sanyo, juillet 2006
Sept ans de réflection : Japon 2006 / 3
Aller à Nikko
Nikko est située au nord de Tokyo, à deux heures de train si on prend la ligne Tobu, ce que j'ai fait depuis Asakusa station. Attention, si vous prenez ce train, il faut savoir qu'il se sépare en deux au milieu du trajet et repart donc vers deux destinations différentes. Aussi, il ne faut surtout pas s'endormir ...
Ainsi prévenue, j'ai lutté contre le sommeil : pas question de vivre un cauchemar éveillé en me retrouvant perdue au milieu de nulle part ;) Je plaisante car, à moins d'être exténuée - et encore - et malgré le long bercement monotone, je suis toujours à l'affût du paysage qui s'offre le long des rails.
Me voici donc, par une belle et sombre journée pluvieuse de juillet, dans l'un des sanctuaires shinto les plus célèbres du Japon : le Tosho-gu, qui signifie "la Lumière du soleil" ... Je reconnais que ce jour-là c'était plutôt "Temples dans la brume", mais je pense sincèrement que ces conditions météorologiques ont contribué à renforcer l'atmosphère si particulière des lieux, leur donnant une dimension quasi dramatique, sinon fantomatique !
et ce ne sont pas eux, Mizaru, Kikazaru et Iwazaru, les "Trois singes de la Sagesse", qui vont me contredire : ils n'ont rien entendu, rien dit du tout et encore moins vu quoi que ce soit ;)
Dans cet écrin de montagnes et de fôrets aux impressionnants cèdres et autres géants séculaires, se nichent des temples grandioses, ornés d'une profusion de détails polychromes, illustration démesurée d'une sorte de folie des grandeurs destinée à honorer la mémoire des shoguns Tokugawa. Rien que pour sanctuaire-mausolée du Tosho-gu, ce sont plus de 15.000 artisans venus de tout le Japon qui ont travaillé durant plus de deux ans pour créer cet ensemble somptueux de style Momoyama. Cela est assez exceptionnel car généralement les sanctuaires shinto font montre de bien plus de sobriété.
Le site est immense et je n'ai malheureusement pas pu voir tout ce que je souhaitais, seulement le Tosho-gu et le Taiyuin-byo. En effet, une journée n'est pas suffisante, surtout si l'on compte les quatre heures de trajet aller-retour. Je pense qu'il faut au moins passer une ou deux nuits sur place ; il y a d'excellents hôtels et ryokans réputés pour leurs sources chaudes. Ainsi, on peut se consacrer plus de temps aux multiples sanctuaires, mais aussi à la visite du magnifique Nikko National Park, et prendre le temps de se détendre.
" Le ciel, le soleil, la mer ; les pics, les bois, les prairies ; toutes les splendeurs, toutes les formes, toutes les couleurs, sont des spectres. Les sentiments, les pensées et les actions des hommes - qu'ils soient élevés ou bas, nobles ou ignobles - tout ce qui est imaginé et accompli dans un but autre que le but éternel, ne sont que des rêves nés de rêves, et qui ne conçoivent que le vide. Pour le clairvoyant, tous les sentiments personnels, tout amour et toute haine, toute joie et toute douleur, tout espoir et tout regret sont également des ombres. La jeunesse, la vieillesse, la beauté et l'horreur, la douceur et l'ignominie ne différent point. La Mort et la Vie sont Une et Identiques : et l'Espace et le Temps n'existent que pour servir de scène et d'ordre à ce perpétuel jeu d'ombres."
Extrait de "Fantômes du Japon"
Lafcadio Hearn
Et rappelez-vous bien mon conseil du départ : ne pas vous endormir !!! C'est aussi valable pour le retour ... ;)
Photos à Nikko, juillet 2006
Sept ans de réflection : Japon 2006 / 2
Le jour se lève très tôt au Japon - moi aussi - ce qui me permet d'effectuer une visite très matinale dans le parc du Senso-ji qui se trouve à deux pas du ryokan. Aucune trace des agapes et festivités de la veille : plus de structures, aucun détritus. L'extrême propreté des lieux publics se remarque immédiatement au Japon.
Aucune trace non plus des SDF qui ont passé la nuit sur des cartons dans la galerie marchande d'Asakusa : beaucoup de personnes très âgées - enfin qui semblent très âgées - qui survivent en marge de la société et ne pratiquent pas la mendicité. Au Japon seuls les moines sont autorisés à mendier. Ce qui ne m'empêchera pas de leur faire très discrètement quelques offrandes : un peu d'argent et de nourriture.
Toujours dans la galerie marchande d'Asakusa, une autre singularité japonaise : la reproduction en plastique des plats, aussi vrais que nature. Cela facilite le choix du restaurant et du menu lorsqu'on ne connaît pas suffisamment la cuisine japonaise.
Là, je fais le trajet au pas de course ! Après un petit-déjeuner à l'occidentale - je n'étais pas encore apte à ingurgiter un petit déjeuner typiquement japonais - direction Shinjuku, Shibuya et Ginza.
Voila un exemple de petit déjeuner japonais ; si ça vous parle ...
Se déplacer à Tokyo est relativement facile, il suffit de repérer la couleur des lignes et de comprendre le fonctionnement des distributeurs de tickets de métro et autre Yamanote. Là encore, pas de problème : si on vous sent dans l'embarras, il y a toujours quelqu'un prêt à vous aider. Une fois qu'on a compris le système, c'est vraiment très aisé, et si par hasard on a fait une erreur sur le montant du ticket, il y a des "fare adjustment" à chaque sortie. Il suffit de payer la somme manquante et la machine fournit un ticket complémentaire pour passer le portique en "toute légalité" ;)
La visite de Shinjuku sera très brève : c'est un quartier auquel il faut consacrer au moins une journée et surtout y rester en soirée. Mais ne sachant pas encore très bien m'orienter dans la ville, je choisis de ne pas trop m'éloigner des abords du métro.
Shibuya et la fameuse statue de Hachiko : un excellent repère, juste en face du célèbre carrefour, pas très fréquenté à cette heure.
Le "chic" français s'exporte bien ;) Enfin, là c'est un love hôtel et un hôtel capsule : lieux propices aux etreintes furtives et improbables cellules de dégrisement à l'occasion de soirées trop arrosées.
Déjà la queue devant le pachinko, alors que d'autres vacquent à leurs occupations. L'industrie du pachinko a l'air très rentable ; enfin, je ne parle pas des joueurs ....
Le vélo est un moyen de déplacement très courant dans les rues de Tokyo, enfin, sur les trottoirs, plutôt ;) Quand on est un simple piéton, il est important d'apprendre à slalomer entre les vélos qui déboulent sur vous à toute allure ...
Je découvre les douceurs japonaises (pas que ...) au sous-sol d'un grand magasin, le raffinement de la présentation, les yokan et les divins wagashi. Encore une particularité japonaise.
Enfin, Ginza, l'un des quartiers les plus huppés de Tokyo : larges avenues, voitures, boutiques et restaurants de luxe et un magasin incontournable, Ito-Ya, spécialisé notamment dans le papier japonais, le washi : neuf étages, me semble-t-il, où j'ai passé des heures à choisir des petits carnets aux dessins et à la calligraphie délicates, des sets de papier à lettres, du papier à origami, des crayons, des cartes, etc. de quoi ramener de beaux o-miyage (cadeaux) en France.
Déjeuner à Ginza, au restaurant Kondo - Sakaguchi building : tempura chazuke (beignets de crevettes servis sur du riz arosé de thé vert). Un repas relativement frugal ...
A la fin de ces journées harassantes, on apprécie les bienfaits du bain commun où l'on peut se prélasser avant d'aller dîner et même se coucher sans dîner car le bain à 40° ça vous coupe les jambes et, associé à la fatigue, l'appétit ;) A Tokyo il y a des sento dans les ryokans, dans certains hôtels, mais il existe aussi des sento de quartier : c'est le cas notamment à Asakusa, Ueno, Azabu juban, Ibebukuro, etc.
Est-ce une belle ville ?
J'ai débarqué, consigné mon bagage à "Tokyo Central" et suis parti au hasard dans cette ville interminable, une brosse à dents dans la poche. C'était un bonheur de marcher dans ces longues avenues rafraîchies par le vent en regardant les visages. Toutes les femmes avaient l'air lavées, tous les passants semblaient s'acheminer vers une destination précise, tous les travailleurs travaillaient et où l'on trouvait partout des boutiques minuscules qui offraient pour quelques yens un café fort et bon : petits miracles auxquels, après deux ans d'Asie, j'avais cessé de croire.
Cet après-midi-là j'ai bien marché vingt kilomètres au hasard dans la ville. L'air était délicieux. J'ai visité au passage une exposition de photos japonaises d'un goût si exigeant que rien n'y bougeait plus. J'ai regardé les voitures de pompiers passer à toute allure dans des tourbillons de feuilles mortes. Leurs cloches de bronze sonnant à la volée, l'air d'aller à la fête avec leurs grappes de petits hommes noir et rouge accrochés aux échelles, coiffés de casques à protège-nuque comme les guerriers de Gengis Khan. Je me suis reposé les pieds dans une église russe en écoutant des choeurs assez nombreux et véhéments pour absoudre la ville entière. Ces avenues sans plan, ces entrepôts, ces librairies noires de monde, cette marée de jardinets, de maisonnettes inégales qui venait battre contre un canal croupi, contre un bloc d'immeubles ultramodernes, contre le ballast d'une voie ferrée ... après huit heures de promenade, je me demandais encore si cela faisait une belle ville, ou même une ville tout court. Puis le soleil est descendu en se gonflant dans un ciel orange, dessinant en silhouette la ligne incongrue des toits, la folle écriture des antennes, des fils électriques et des ballons publicitaires contre un horizon qui virait au rouge, puis la pluie multicolore des néons. J'ai cessé de me poser des questions.
Extrait de "Chronique japonaise" (1989)
Nicolas BOUVIER
Photos à Tokyo, juillet 2006
Sept ans de réflection : Japon 2006 / 1

Juillet 2006 : premiers pas sur le sol nippon. Je n'aurais jamais cru, sept ans et huit séjours plus tard, que cette passion naissante serait toujours aussi intacte aujourd'hui !
Premier voyage donc où, sans présumer de la suite, j'organisais l'itinéraire suivant :
Tokyo
Nikko
Miyajima
Himeji
Kyoto
Tokyo
Douze jours, Japan Rail Pass et Lonely Planet en poche, pour visiter l'archipel ; douze jours c'est très court, il faut faire des choix, essayer de ne pas passer à côté de l'essentiel (du moins de ce que l'on considère comme essentiel) car rien n'indique qu'on y reviendra.
Premier contact avec Tokyo : le quartier d'Asakusa où je logeais, au ryokan Shigetsu (lien vers le site du ryokan). Chambres "à la japonaise", tatamis, futon, shoji et bain commun avec vue sur la Saksa, la pagode du Senso-ji. Total dépaysement quand on sait que finalement, quel que soit l'endroit du monde où on se trouve, toutes les chambres à l'occidentales finissent par se ressembler.
A Asakusa, ce week-end de juillet 2006 c'était l'Hozuki-ichi festival (festival et marché aux physalis). Certes, je savais que le quartier d'Asakusa se trouvait à "Shitamachi", la ville basse dans l'ancien Tokyo (quartier très populaire), mais je n'imaginais pas me retrouver, à peine descendue de l'avion, dans une ambiance si désuette : couples en yukata, jeux de fête foraine à l'ancienne, innombrables échoppes ambulantes (yataï) dans l'enceinte du temple, comme dans les matsuri que je découvrirais plus tard ...
"Vous comptez vous rendre au Japon ?"
Derrière ses lunettes rondes à monture d'écaille, le petit homme rondouillard, boudiné dans un costume trop serré, me regardait d'un air dubitatif. Je venais de pousser la porte du bureau du tourisme japonais, le JTB, sur les Champs-Elysées, à quelques dizaines de mètres de la JAL.
Plus tôt dans la matinée, j'étais allé voir le directeur pour la France de la compagnie aérienne japonaise, un ami de mon père qui avait accepté de me rencontrer pour me parler de son pays natal. Dès qu'on passait le seuil de l'agence, on avait l'impression d'entrer de plain-pied au Japon. Des parois de papier quadrillées de bois encadraient le comptoir où les clients s'asseyaient pour acheter leur billet.
Une jeune femme était assise derrière le bureau. Elle portait un kimono. C'était le première fois que je voyais une Japonaise en chair et en os. Je la trouvais ravissante avec ses cheveux très noirs relevés en chignon sur une nuque délicate. Sa peau était claire, presque translucide. Ses yeux me fascinèrent : deux amandes parfaites. Dans la vitrine, à côté de la maquette du tout nouveau Boeing 747 à l'empennage flanqué d'une grue stylisée prenant son envol et aux ailes empastillées d'un rond de ce rouge orangé qu'on retrouve sur le drapeau japonais, était posée une pagode à cinq niveaux en bois doré avec un toit en vraies tuiles vernissées miniatures. A peine audible, une musique mélodieuse enveloppait l'athmosphère d'un charme indéfinissable. L'ami de mon père me dit que c'était du koto, "une sorte de harpe dont onjoue à plat, agenouillé sur une natte de paille qu'on appelle un tatami."
"Viens voir !" ajouta-t-il en m'entraînant vers une des parois de papier qu'il fit coulisser, me faisant entrer dans une petite pièce à tatamis.
Cela sentait un peu la poussière de foin sec, l'odeur n'était pas désagréable. Il reprit :
"Nous recevons ici les clients japonais importants qui ont besoin d'assistance. Ils sont souvent un peu désorientés dans cette ville toute de pierre. Ils retrouvent instantanément leurs marques quand ils s'accroupissent sur la natte ! Les couleurs neutres, les proportions toujours indentiques, les matérieuax souples, le relâchement qui s'opère lorsqu'on s'assoit par terre ... Ici, ils se sentent en sécurité."
Il me donna quelques conseils et une pile de dépliants sur Tokyo, Kyoto et d'autres hauts lieux du tourisme et me recommanda d'aller voir ses voisins du JTB. Quand je repassai devant elle, l'hôtesse était en conversation avec un client japonais. C'était doux et chantant, pas comme cette crécelle du vietnamien que nous entendions dans le petit restaurant de quartier où nous allions souvent. Elle me salua sans arrêter de parler à son interlocuteur d'une brève inclination de la tête que je trouvai poétique et gracieuse.
Le Japonais du JTB était beaucoup moins séduisant. Ses cheveux étaient plantés droit sur son crâne, telles des épines de porc épic, sa peau était grisâtre et terne, son sourire figé, qui lui donnait un air niais, laissait voir des dent plantées au hasard. Ses yeux clignaient à toute vitesse derrière les hublots épais de ses lunettes quand il répéta :
"Vous voulez vraiement aller au Japon ?"
En insistant sur le vraiment, il écorcha le r en une sorte de l mouillé. Si son français était impécable, il n'en maîtrisait pas la prononciation.
Visiblement, je ne correspondait pas au profil de ces hommes d'affaires en cravatte que j'avais brièvement entr'aperçus au comptoir de la JAL.
"Savez-vous que c'est très loin et très cher ?" enchaina-t-il sur un ton où je crus discerner du mépris.
Je lui répondis avec la même morgue :
"N'exagérons rien ! Dix-sept heures de vol avec une escale, ce n'est tout de même pas le Brésil, où j'avais initialement prévu de me rendre !"
Il parut un instant désarçonné puis reprit :
"Mais qu'allez-vous y faire ?"
"Monsieur, je veux connaître votre culture ! Je souhaiterais m'y plonger totalement, et je vous prie de m'indiquer l'organisme de votre pays qui pourra me permettre d'effectuer un séjour en homestay."
J'avais quelques années plus tôt expérimenté ce système qui permettait aux étudiants une immersion dans une famille d'accueil.
Mon interlocuteur semblait continuer à me mépriser. Mon agressivité ne le prit pas au dépourvu : les Français, il connaissait.
"Les Japonais, jeune homme, n'ont pas l'habitude des étrangers !"
Extrait de LA TRACE de Richard COLLASSE (1972, Paris)
Les personnes qui me suivent depuis 2006 sur mon premier blog "Asiemutée" (laissé à l'abandon, mais j'y parle encore un peu de mes autres voyages, de l'Inde notamment) reconnaîtront sans doute ces photos.
Certes, je ne manque pas de "nouveautés", mais j'ai décidé de remonter un peu aux sources de ma passion nippone (magie du net ...), avec un peu de nostalgie sans doute, mais aussi pour donner des idées d'itinéraires, de bonnes adresses, de m'en tenir à l'aspect plus touristique de mes voyages. Je sais, pour être souvent contactée par mail à ce sujet, que le côté pratique intéresse bon nombre de visiteurs de ce blog.
Photos à Tokyo, Asakusa, juillet 2006
La voie des fleurs : bonsaï d'azalées au parc Ueno ...
"Saluons celui qui cultive les plantes. L'homme au pot de fleurs est bien plus humain que l'homme au sécateur. Nous le voyons - avec quel délice - s'inquiéter de la pluie et du beau temps, se battre contre les parasites, s'affoler à la moindre gelée, s'angoisser quand les bourgeons tardent à paraître, se réjouir, enfin, à la frondaison. En Orient, l'art de la floriculture est des plus anciens, et nombre de contes et de chansons célèbrent les amours du poète et de sa plante favorite. Sous les dynasties Tang et Song, les céramistes créèrent pour les plantes de merveilleux récipients ; non point des pots, mais d'authentiques palais de pierres précieuses. A chaque fleur était attaché un domestique particulier, qui avait la charge de veiller sur elles et de laver ses feuilles avec une fine brosse en poils de lapin.
Au Japon, l'une des danses de nô les plus populaires, le Hachinoki, composée sour les Ashikaga, raconte l'histoire d'un guerrier ruiné qui, par une nuit glacée, manquant de bois pour son feu, coupe ses plantes chéries pour recevoir un moine errant. Aujourd'hui encore, cette pièce ne manque jamais d'arracher des larmes au public tôkyôïte."
Kakuzô Okakura
Le Livre du thé
Un ancien post sur le bonsaïdo (l'art du bonsaï) : ICI
Satsuki azaleas bonsai exhibition - parc Ueno (Tokyo) mai 2010
Eikan-do : le temple dans un bosquet calme ...
Eikan-do, connu également sous le nom de temple Zenrin-ji, littéralement "le temple dans un bosquet calme", était à l'origine une villa appartenant à un membre de la noblesse de l'époque Heian qui en fit don à un prêtre. Niché au pied d'une colline au sud du chemin de la Philosophie, tout prêt du Nanzen-ji, l'Eikan-do est réputé pour ses jardins dont la beauté est à son apogée à l'automne.
Ce n'était pas à l'automne mais l'été dernier que j'ai visité le temple dans un bosquet calme : une très belle halte de verdure, propice à la contemplation, au repos et à la sérénité ...
"Je m'assoupis
un nuage de canicule
sur les genoux"
Kobayasi Issa
Photos à Kyoto, juillet 2011
O tanjobi omedeto gozaimasu !
Nous sommes nées le même jour, le 6 mai, mais pas de la même année (pour le coup, c'est dommage pour moi ...)
Nous avons donc le même signe astrologique : le Taureau
Mais, dans le calendrier chinois, elle est Dragon, alors que moi je suis Cheval
Nous partageons le goût du Japon, de la simplicité et une certaine sensibilité
Bon anniversaire PASCALE !!!
Que cette journée soit belle, exceptionnelle et pleine de promesses !
" J'aime ma vie
comme j'aime
les roses "
Midorijo Abé
Haïjins japonaises
"Du rouge aux lèvres"
Mes photos :
Vue du Fuji-san : mai 2010
Ema à Kyoto : octobre 2009
Un jardin à Kyoto : juillet 2011
Roses à Naka-Meguro (Tokyo) : mai 2010
1Q84 / Livre 3 / 3 / Tengo ...
Toutes les bêtes sauvages portaient des habits ( p. 46/47 )
Tengo ne savait pas si son père percevait sa voix. Quand il observait son visage, il ne constatait pas la moindre réaction chez le pauvre vieillard amaigri, les yeux clos, qui restait endormi, absolument immobile. Tengo ne l'entendait même pas respirer. Certes, il respirait, mais on ne pouvait en être certain qu'en approchant l'oreille, ou à l'aide d'un miroir qui s'embuait. Le goutte-à-goutte pénétrait son organisme, le cathéter faisait ressortir d'infimes déjections. C'était uniquement ce lent et paisible va-et-vient qui indiquait que l'homme était encore vivant. De loin en loin, une infirmière le rasait à l'aide d'un rasoir électrique et coupait les poils blancs qui lui sortaient du nez ou des oreilles avec de petits ciseaux à bouts ronds. Elle lui égalisait aussi les sourcils. Son système pileux continuait de fonctionner, en dépit de son coma. Quand il voyait son père, Tengo sentait peu à peu se brouiller la différence entre les vivants et les morts. Y avait-il une véritable différence ? pensait-il. Ne serait-ce pas par commodité que nous posons l'existence de cette différence ?
Vers trois heures, c'était la visite du médecin, qui lui faisait un compte-rendu sur l'état du malade. Un rapport très bref, dont les grandes lignes restaient les mêmes. Il n'y a pas de changement. Le viel homme est toujours plongé dans un sommeil profond. Ses forces vitales diminuent peu à peu. Autrement dit, il se rapproche de la mort, lentement mais sûrement. Nous ne pouvons rien faire. Laissons-le dormir tranquillement. Voilà tout ce que pouvait dire le médecin.
A l'approche du soir, deux infirmiers faisaient leur apparition. Ils transportaient le père dans la salle d'examens pour procéder à diverses analyses. Ce n'étaient pas toujours les mêmes hommes mais ils étaient invariablement muets. Peut-être parce qu'ils portaient un large masque. En tous cas, ils ne disaient pas un mot. L'un d'entre eux semblait être un étranger. Il était petit, avait le teint bistre, et à travers son masque, il lui adressait toujours un petit sourire. Tengo voyait son sourire dans les yeux. En retour, il inclinait la tête et souriait lui aussi.
Une demi-heure ou une heure plus tard, le père était ramené dans sa chambre. Tengo ignorait quelle sorte d'examens il avait subis. Lorsqu'on l'emmenait, il descendait à la salle à manger, buvait du thé vert et attendait environ un quart d'heure avant de retourner dans la chambre. Dans le creux du lit, la chrysalide de l'air n'apparaîtrait-elle pas une deuxième fois ? Aomamé, sous la forme d'une petite fille, ne serait-elle pas couchée à l'intérieur ? Tengo gardait toujours cet espoir. Mais quand il se retrouvait dans le clair-obscur de la chambre ne subsistaient que l'odeur du malade et, dans le lit vide, l'empreinte que son père y avait laissée.
Extrait de 1Q84 Livre 3 Octobre-Décembre
Haruki MURAKAMI
Traduit du japonais par Hélène MORITA
Je profite de ce long week-end pour me plonger dans le Livre 3, reçu dès sa sortie, mais laissé volontairement de côté pour mieux le savourer, comme si c'était le dernier ... même si j'espère, comme beaucoup, qu'il y aura une suite, un Livre 4, ce que H. Murakami n'a, semble-t-il, pas exclu ...
Au début du dernier volet de cette trilogie, on retrouve Tengo là où on l'avait laissé dans le dernier chapitre du Livre 2 : auprès de son père mourant, dans cette chambre d'hôpital où lui est apparue la chrysalide de l'air ...
Photos Inde du sud, Etat du Kerala, lac Periyar, janvier 2011






































































































































































































































































































